Philippe du Plessis, 12ᵉ Grand Maître de l’Ordre du Temple (1201 – 1209)
France, vers 1165 : Philippe naquit dans la forteresse de Plessis-Macé, près d’Anjou, au sein d’une ancienne famille noble de la région angevine. Il grandit dans une contrée où les châteaux, l’art de la guerre et la défense féodale faisaient partie du quotidien. Cet environnement forgea le chevalier qui partirait plus tard pour la Terre Sainte.
Cadet de sa famille, il quitta en 1189, à l’âge de vingt-quatre ans, sa famille et ses possessions afin de prendre part à la Troisième Croisade. Il ne devint Templier qu’à son arrivée au Levant, où il fut profondément impressionné par la discipline et la détermination dont faisaient preuve les Templiers au combat.
Il est possible qu’il ait combattu en 1191 lors de la célèbre bataille d’Arsouf aux côtés de Richard Cœur de Lion.
Selon certaines sources, Philippe aurait été maréchal du Royaume de Jérusalem en 1193, mais cette fonction n’a jamais été établie avec certitude.
Les villes stratégiques d’Acre et de Jaffa furent reprises et sécurisées. Une grande partie des conquêtes réalisées auparavant par Saladin fut ainsi annulée.
Au printemps 1201, quelques mois après la mort de Gilbert Horal, Philippe du Plessis fut élu Maître de l’Ordre. Après son élection, il poursuivit les mêmes principes de gouvernement que son prédécesseur. En tant que Grand Maître, il se distingua davantage comme diplomate que comme chef militaire. Son gouvernement s’inscrivit dans une période de délicats équilibres politiques entre les rois, les sultans, les légats pontificaux et les ordres militaires.
Les tensions n’opposaient pas uniquement les souverains musulmans et chrétiens. Philippe du Plessis collabora également avec les autres ordres militaires afin de conclure des traités de paix avec les dirigeants musulmans.
Il poursuivit la trêve conclue auparavant entre Saladin et Richard Ier.
À la fin de cette trêve, en 1208, le Grand Maître Philippe du Plessis proposa aux maîtres des Hospitaliers et des Chevaliers Teutoniques de conclure un nouveau traité de paix avec Malik al-Adil. Cette proposition fut condamnée par le pape, au point que celui-ci menaça d’accuser les Templiers d’apostasie.
Les relations entre les Hospitaliers et les Templiers se tendirent sous son gouvernement, entraînant une intervention pontificale. Les deux ordres remplissaient des missions comparables et exerçaient une influence similaire, ce qui provoquait parfois des conflits d’intérêts. Malgré cela, ils continuèrent finalement à coopérer, conscients que leur mission en Terre Sainte ne pouvait réussir si les puissances chrétiennes s’affaiblissaient mutuellement. Toutefois, la faveur du pape allait souvent aux Hospitaliers, alimentant davantage les tensions entre les Templiers et la papauté.
👆🏻 Bataille d'Arsouf avec le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion.
Afin de discuter de ces tensions, Philippe du Plessis adressa une lettre au pape Innocent III.
Dans cette lettre, il décrivait la situation difficile en Terre Sainte et demandait une médiation pontificale entre les différents ordres.
Un Grand Maître devait également être :
• diplomate ;
• médiateur entre les ordres de chevalerie ;
• interlocuteur du pape ;
• et administrateur d’une organisation internationale.
Après la mort de Saladin, le paysage politique du Moyen-Orient changea profondément. Le monde islamique était devenu moins uni, mais également plus complexe. Philippe du Plessis comprit qu’une guerre permanente risquait d’affaiblir davantage les États chrétiens.
Les territoires chrétiens de Terre Sainte étaient en outre numériquement inférieurs à leurs adversaires. Philippe comprit qu’une nouvelle guerre de grande ampleur apporterait davantage de pertes que de bénéfices aux États croisés.
C’est pourquoi il choisit non seulement de renforcer les forteresses et les ouvrages défensifs, mais également de privilégier la diplomatie et des trêves temporaires lorsque celles-ci pouvaient garantir la sécurité des pèlerins et des territoires chrétiens.
Il chercha ainsi plus fréquemment à préserver les États chrétiens par la paix temporaire et la diplomatie.
C’est un aspect des Templiers qui est rarement évoqué.
Malgré tous ses efforts, une grave crise éclata entre l’Ordre du Temple et le roi d’Arménie au sujet de la forteresse de Gastin, une forteresse templière située en Cilicie.
Le roi d’Arménie profita du conflit pour expulser les Templiers de son royaume et confisquer leurs possessions. Le pape dut intervenir et rendit une décision en faveur des Templiers. L’Ordre récupéra ainsi les territoires qui lui avaient été injustement confisqués.
Comme les Templiers ne jouèrent pratiquement aucun rôle dans la Quatrième Croisade, le gouvernement de Philippe du Plessis est considéré comme la période durant laquelle l’Ordre du Temple devint l’une des organisations les plus importantes et les mieux organisées du monde médiéval.
Des recrues affluèrent de toute l’Europe, tandis que de nombreux dons étaient envoyés depuis chaque province templière, notamment des terres offertes par la noblesse occidentale.
Les commanderies furent développées en :
• France ;
• Angleterre ;
• Espagne ;
• Italie.
Ces maisons n’étaient pas seulement des centres religieux, mais aussi :
• des bases logistiques ;
• des centres de soutien financier ;
• des lieux d’accueil pour les pèlerins.
Elles constituaient les artères de l’Ordre du Temple. Sans cette base occidentale, l’Ordre n’aurait jamais pu fonctionner avec une telle efficacité.
Selon la tradition, Philippe du Plessis mourut le 12 novembre 1209 en Terre Sainte. Certaines sources mentionnent qu’il succomba à la fièvre, mais cela n’a jamais pu être établi avec certitude. Le nom de Philippe du Plessis apparaît pour la dernière fois dans un acte signé en 1209. Le nécrologe de Reims mentionne également son décès à la date du 12 novembre 1209.
Sous son gouvernement pragmatique, l’influence de l’Ordre du Temple atteignit son apogée. L’Ordre poursuivit son développement et devint l’une des organisations les plus puissantes et les mieux organisées du monde médiéval.
Bonus 1
À l’époque où Philippe du Plessis dirigeait l’Ordre, vivait encore la génération de chevaliers qui avait personnellement participé aux premières croisades.
Autrement dit, certains frères avaient encore connu personnellement Godefroy de Bouillon.
Cette distance historique est donc bien plus courte que ne l’imaginent la plupart des gens : une seule génération les séparait.
Bonus 2
À propos de l’image de couverture : aucun portrait authentique de Philippe du Plessis, Grand Maître de l’Ordre du Temple de 1201 à 1209, n’est connu.
L’illustration utilisée ici est donc une reconstitution artistique. Comme pour presque tous les Grands Maîtres de l’Ordre du Temple, la personne elle-même est volontairement restée dans l’ombre.
Ce n’était pas l’homme qui était au centre, mais l’Ordre et son service envers Dieu.
Cela correspond parfaitement à l’une des règles de l’Ordre : le frère renonce à sa propre volonté et à son honneur.
Nous connaissons son nom.
Nous connaissons ses actes.
Mais bien souvent, nous ne connaissons pas son visage.
Bonus 3
Ci-dessous, des photographies du château de Plessis-Macé, à Longuenée-en-Anjou.