Sacré-Cœur

Sacré-Cœur

Après le Dominica Trinitatis et la Fête-Dieu (Corpus Christi), nous arrivons maintenant à la fête du Sacré-Cœur. La dernière des trois fêtes consacrées à la présence de Dieu, à Son amour et à Son don total de Lui-même.

Dominica Trinitatis → Qui est Dieu : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Fête-Dieu (Corpus Christi) → Comment Il demeure présent parmi nous : l’Eucharistie / le Corps du Christ.
Sacré-Cœur → Pourquoi Il se donne : amour, miséricorde et fidélité.

Cette fête est toujours célébrée le troisième vendredi après la Pentecôte. Cela souligne son lien avec le Vendredi saint et rappelle ainsi la mémoire de la Passion et de la mort de Jésus.
L’idée centrale de la fête du Sacré-Cœur est la réconciliation que Jésus a accomplie, par Sa souffrance et Sa mort, en raison de l’infinie miséricorde de Dieu : Dieu a envoyé Son Fils pour effacer nos péchés par le sacrifice de Sa vie.
Beaucoup connaissent l’image du Sacré-Cœur de Jésus : le Christ portant sur Sa poitrine un cœur ardent, entouré de lumière et souvent ceint d’une couronne d’épines. Mais ce que peu de personnes savent, c’est que cette représentation repose sur une tradition très ancienne.

Le Sacré-Cœur ne renvoie pas à un cœur au sens littéral, mais à l’amour même du Christ.
Il évoque Sa miséricorde, Sa fidélité et Sa volonté de Se donner entièrement, même lorsqu’Il est blessé. Ce qui rend cette fête si particulière, c’est qu’elle ne concerne pas seulement « le cœur » comme symbole, mais l’amour, la miséricorde et la fidélité du Christ Lui-même.
Nous contemplons l’amour de Jésus, rendu visible à travers Son Cœur.
C’est la réponse catholique à un monde dur et froid : le cœur qui continue d’aimer, même lorsqu’il est blessé.
Le Sacré-Cœur parle de :

Son être le plus profond.
Son amour.
Sa fidélité.
Sa miséricorde.
Sa volonté de Se donner entièrement.

Ici, le « cœur » désigne le lieu où se rencontrent l’amour, la volonté, la douleur, la fidélité et le sacrifice. Ce sont nos valeurs les plus profondes, que l’on retrouve également dans les codes des Templiers : l’esprit de service, la fidélité dans l’épreuve, la persévérance, le don de soi et le refus de s’endurcir malgré la souffrance. Au sein de l’Ordre, il ne s’agissait pas seulement du combat ; il s’agissait du lieu où se rejoignent l’amour, la volonté, la douleur, la fidélité et le sacrifice. Il s’agit donc de la discipline du cœur, de la pureté intérieure, de la fidélité à Dieu et du don de soi à quelque chose de plus grand que soi-même.

Heilige Lans

La blessure du côté, infligée par le soldat romain, est également liée à cette dévotion. Ce qui vit dans le Cœur devient visible dans le sacrifice. Sur la Croix, le Christ n’a pas seulement été blessé : Il S’est entièrement ouvert à l’humanité. Dans la tradition chrétienne, la lance qui perça Son côté est devenue plus qu’une simple blessure. Elle fut considérée comme le signe que Son Cœur n’était pas resté fermé, mais qu’il s’était ouvert. Non pour condamner.
Mais pour aimer.

Cette « blessure du côté » renvoie au moment de la Crucifixion où un soldat romain perça le côté du Christ avec une lance. Ce récit provient de l’Évangile selon saint Jean :
« Mais l’un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. »
— Jean 19,34
Au Moyen Âge, les hommes ont profondément médité sur cet événement. Non d’une manière sanglante ou macabre, mais de façon symbolique et spirituelle.

Pourquoi cette blessure du côté est-elle devenue si importante ? Parce qu’on a commencé à y voir :
• une ouverture vers le cœur de Dieu,
• un signe que le Christ S’est donné totalement,
• une « porte » de miséricorde.

Certains mystiques l’ont décrite presque comme si le cœur du Christ s’était visiblement ouvert à l’humanité.
C’est pourquoi s’est développée, par la suite, une forte relation entre :
• la blessure du côté,
• le Sacré-Cœur,
• l’amour,
• la grâce,
• le refuge.

Le sang et l’eau ont également reçu une profonde signification symbolique. Les théologiens médiévaux y voyaient souvent : le sang → l’Eucharistie / le sacrifice, l’eau → le baptême / la vie nouvelle.
Ainsi, de ce côté ouvert du Christ naît, en quelque sorte, une vie spirituelle nouvelle.
Cela nous touche particulièrement, nous les moines ; c’est quelque chose de profondément personnel. Il ne s’agit pas d’un roi lointain et inaccessible assis sur un trône. Il s’agit du Christ qui S’ouvre, Se rend vulnérable, aime, souffre et pourtant ne Se referme pas.
La blessure du côté est considérée comme l’accès ouvert au Cœur du Christ.

Bernardus + Tempelier

👈🏻 Bernard de Clairvaux avec un Templier

Le soldat romain Longin enfonce 👉🏻 sa lance dans le côté de Jésus

Ces deux images proviennent de la Chronique de Nuremberg, à partir d’une feuille originale d’incunable datant de 1493.

Incunable = premiers ouvrages imprimés avant 1501. Les illustrations étaient réalisées à l’aide de gravures sur bois puis coloriées à la main.

incunabele 1493

Bernard de Clairvaux parle du repos en Christ, de l’abri trouvé dans Ses blessures et de l’amour découvert dans Son sacrifice.
Une forme profonde d’union avec le Christ. Non seulement : « Il est mort pour le monde. »
Mais aussi : « Il S’est ouvert à moi. »

Première célébration du Sacré-Cœur :
Bien que cette fête n’ait été officiellement introduite dans l’Église que plus tard, ses racines sont beaucoup plus profondes. Dès le Moyen Âge, les mystiques et les moines commencèrent à méditer davantage sur la proximité humaine du Christ : Son amour, Sa souffrance et Sa compassion. La fête s’est développée progressivement plutôt que d’avoir été soudainement « inventée ».
La dévotion au Sacré-Cœur est née dès le Moyen Âge, principalement dans les monastères. Pensons notamment aux : Bénédictins, Cisterciens, et aux mystiques tels que Bernard de Clairvaux. À cette époque, il n’existait cependant pas encore de fête officielle telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il s’agissait davantage de méditation, de prière personnelle et de textes consacrés à l’amour du Christ, à Sa blessure au côté et à Son Cœur.

Bien que la fête n’ait été officiellement instaurée dans l’Église qu’à une époque plus tardive, ses origines remontent donc bien plus loin. Bernard de Clairvaux joua lui aussi un rôle important dans cette évolution. Bernard n’était pas un Père de l’Église — il vécut trop tard pour cela, au XIIᵉ siècle — mais il fut par la suite reconnu comme Docteur de l’Église.
Dans ses sermons et ses écrits transparaissent non seulement une grande connaissance, mais aussi un profond amour intérieur pour le Christ. Il n’écrivait ni avec froideur ni avec distance, mais avec chaleur, dans un esprit méditatif et presque poétique. C’est précisément pour cette raison qu’il est devenu un pont essentiel entre la théologie et la mystique : entre la compréhension de Dieu et l’expérience de Sa présence.
Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle la fête du Sacré-Cœur continue encore aujourd’hui à toucher les hommes. Non à cause de grands discours ou de symboles impressionnants.
Mais à cause d’une pensée toute simple :
que le Cœur de Dieu demeure ouvert à l’humanité.

Le véritable essor de cette dévotion eut lieu au XVIIᵉ siècle grâce à Marguerite-Marie Alacoque. Religieuse française, elle rapporta des visions dans lesquelles le Christ lui montrait Son Cœur brûlant. À cette occasion, Il demanda : davantage d’amour, la réparation,
l’adoration et une fête particulière en l’honneur de Son Cœur.
Les premières célébrations locales commencèrent à la fin du XVIIᵉ siècle. Une date importante à cet égard est l’année 1672. C’est alors qu’eut lieu la première célébration approuvée au sein de sa communauté religieuse. À partir de là, la dévotion se répandit progressivement. Ce n’est que bien plus tard qu’elle devint une fête pour l’ensemble de l’Église catholique romaine. En 1856, le pape Pie IX l’instaura officiellement pour toute l’Église.

Margaretha Maria Alacoque
👆🏻 Vision de Marguerite-Marie Alacoque : Jésus apparaît à l'autel, auprès de l'ostensoir. 

Enfin, voici un résumé des trois fêtes de la présence de Dieu :

1. Dominica Trinitatis
Nous contemplons ici qui est Dieu : le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme une unique réalité divine.
Une fête profondément contemplative — comme si le ciel s’ouvrait.
2. Fête-Dieu / Corpus Christi
Nous portons ici notre attention sur la présence du Christ parmi les hommes.
Dans l’Eucharistie, dans les processions et dans le Saint-Sacrement.
Dieu qui accompagne littéralement Son peuple à travers les rues.
C’est pourquoi la Fête-Dieu est plus terrestre et plus visible.
3. Sacré-Cœur
Cette fête est encore plus personnelle.
Nous contemplons ici l’amour de Jésus.
Cet amour qui a jailli de Son Cœur.

mosaïque du Sacré-Cœur