Manuscrit français du XVIIIe siècle ouvert, portant sur la Première Croisade, photographié sur une table en bois.

Sans ordre

Quand il n’y avait ni ordre, ni règle…

Ce petit cahier de belle écriture, rédigé au début du XVIIIe siècle, se penche sur la Première Croisade. Une époque où beaucoup se mirent en route, animés d’une foi ardente, mais sans unité, sans direction.

Sur ces pages, nous ne lisons pas un récit héroïque, mais ce qui le précède : confusion, divisions, et absence de structure. Page après page se dévoile ici l’image d’un monde en quête — de direction, d’autorité… d’ordre.

Ce que vous voyez ici n’est pas une page explicative ordinaire.
Devant vous se trouve un manuscrit français datant de 1705, dans lequel l’auteur inconnu — que nous pensons être un moine — décrit, depuis les prémices de la Première Croisade jusqu’à… Un petit manuscrit — portant une grande histoire.
Sur cette page, le manuscrit est dévoilé pas à pas.

Texte
Pour chaque page, vous trouverez :
– à gauche : la transcription du texte original en ancien français
– à droite : la traduction en néerlandais contemporain
– en dessous : une brève explication et interprétation

Le texte complet n’est pas présenté en une seule fois, mais se déploie par parties de cinq pages.
Entre ces parties, vous trouverez des repères temporels, permettant de suivre l’évolution du récit.
Le manuscrit compte au total 126 pages. Le texte intégral ne sera pas publié d’un seul coup,
mais se développera dans le temps — page après page.

Chaque vendredi, nous poursuivons le chemin de la Première Croisade, avec Godefroy, avec Pierre l’Ermite, nous entendons le pape Urbain II, nous nous rendons à Constantinople, auprès de l’empereur Alexis, et ainsi de suite… jusqu’à notre destination.
L’histoire continuera de se dévoiler à ceux qui reviendront.

Marchez avec nous, sur le chemin de la Première Croisade…

Procession médiévale de pèlerins avec des chevaliers à cheval et Pierre l’Ermite en tête, lors de la Première Croisade.

Note de l’auteur : bref résumé de l’histoire de la Guerre Sainte.
Voici le début de la croisade : comment Godefroy de Bouillon prit Jérusalem et fut proclamé roi, mais refusa ce titre. Le 15 juillet de l’an de Jésus-Christ 1099, un vendredi, à la même heure où Jésus-Christ rendit son esprit.
Après cela, le royaume fut gouverné par neuf rois, tous d’origine française.

ca. 1080

Page 1.
L’origine des Turcs les Turcs étoient une nations qui habitoit ci devant
dans une isle, qui se nomoit
Sarmadia Assiatica. Est de là ils se sont retirez dans un endroit qui se nome la Marée Caspium, où cette
endroit porte encore le Nom aujourd’huy Turquestan, là ces peuples s’entretenoient seulement de ce qu’ils y eslioient. Sur tout quand ils se fesoit quelque desordre
dans…

homme turc

Page 1.
Les Turcs étaient une nation qui habitait autrefois
dans une île appelée Sarmadia Asiatica.
De là, ils se retirèrent vers une région appelée la mer Caspienne,
dont le territoire porte encore aujourd’hui le nom de Turkestan.
Là, ces peuples ne vivaient que de ce qu’ils produisaient sur place,
notamment de leurs cultures.
Surtout lorsqu’il survenait quelque trouble
dans…

Remarque :
La traduction néerlandaise est fidèle au contenu,
mais formulée de manière plus fluide et plus forte sur le plan sémantique,
ce qui fait perdre certaines nuances présentes dans le texte original.

guirlande

Page 2.
…dans les Royaumes voisins
Ils prenoient le parti de servir en qualité de Soldats. Ils s’entretenoient seulement
du pillage qu’ils rapportoient dans leur territoire. Dans le tems de l’Empereur Otto 3. ce peuple ont esté pris à la solde par Mahomel, qui étoit Sultan Sarasin dans la Perse, dont l’on étoit en guerre contre les Babyl- loniens, qui les appella
à son secours. Sur la fin de…

sultan

Page 2
…dans les royaumes voisins, ils choisissaient de servir en qualité de soldats.
Ils ne vivaient alors que du pillage qu’ils rapportaient sur leur territoire.
Au temps de l’empereur Otton III, ce peuple fut engagé à la solde de Mahomel
(probablement Mahomet),
qui était sultan sarrasin en Perse, alors en guerre contre les Babyloniens, lesquels firent appel à son aide.
Vers la fin de…

Note :
– « Mahomel » est probablement une forme ancienne de « Mahomet » (Mohammed).
– L’empereur Otton III régna de 983 à 1002, donc avant les croisades.
– L’auteur semble ici décrire une origine ancienne des troupes turques au service de la Perse.
– « Babyloniens » désigne probablement, dans ce contexte, des peuples situés à l’est du Levant.

guirlande

Page 3
…de la Campagne ils n’ont point voulu cesser ny retourner dans leur isle d’où ils étoit venu, tant que cette nation étoient esfarouchés et alterés du sang humain et la guerre ne cessa qu’aux
que le Roi de Perse et le Sultan de Babylone fut vaincu dont ils ont in-
corporé ces deux Royaumes la Perse et Babilone, dans la Syrie et la Palestine dont Jerusalem étoit de la dépen-
dance, se voyant aussi puissant…

Bouclier médiéval orné d'une croix de Jérusalem

Page 3
…après la campagne, ils ne voulurent ni cesser ni retourner à l’île d’où ils étaient venus, car ce peuple était devenu si sauvage et assoiffé de sang humain. La guerre ne prit fin que lorsque le roi de Perse et le sultan de Babylone furent vaincus, après quoi ils incorporèrent ces deux royaumes, la Perse et la Babylone, en Syrie et en Palestine, dont Jérusalem dépendait.
Se voyant désormais aussi puissants…

Page 3: L’auteur suit ici un récit d’origine (légendaire) des Turcs, dans lequel ils quittent une « île asiatique » → se déplacent vers la région de la mer Caspienne → servent ensuite comme mercenaires → et finissent par conquérir la Perse et la Babylone, en s’étendant jusqu’en Syrie et en Palestine.
Il ne s’agit évidemment pas d’une reconstruction historiquement exacte, mais de la tradition européenne bien connue des XVIIe–XVIIIe siècles des récits sur « l’origine turque ».

guirlande

Page 4
Puissants ils ne se sont pas contants de cette belle conquête, ils ont encore envahi, per, dans la petite Asie, où
estoit le grand et renommé Sultan Solimans, ils lui ont pris le Royaume
de Pontume, auquel ils ont donné le nom d’Turcomanian, et la Capadoc, la Bithiniem et firent la guerre jusqu’au
regne de l’Empereur Henri. 4. et firent leur residence à Nicea l’année 1081

Henry IV

Page 4
Puissants qu’ils étaient, ils ne se contentèrent pas de cette grande conquête ; ils avancèrent en Asie Mineure, où régnait le grand et renommé sultan Soliman ; ils lui prirent le royaume de Pont, auquel ils donnèrent le nom de Turkomanie, ainsi que la Cappadoce et la Bithynie, et firent la guerre jusqu’au règne de l’empereur Henri IV, établissant leur résidence à Nicée en l’an 1081.

Page 4: Soliman / Solimans
Il s’agit de Suleiman ibn Qutulmish → mieux connu sous le nom de Soliman I de Rûm, fondateur du sultanat seldjoukide de Rûm.
Historiquement, cela correspond : il conquit en Asie Mineure notamment Nicée.
Nicée (Nicaea / Iznik)
Devint en 1081 une capitale turque → datation correcte.
Henri IV (Heinrich IV)
Empereur du Saint-Empire romain germanique (1056–1105).
L’auteur l’utilise comme repère temporel → juste avant la Première Croisade.
Pont / Cappadoce / Bithynie
Régions historiques d’Asie Mineure.
Turcomanian → Turcomanie
Terme utilisé dans les anciennes sources européennes pour désigner les régions où se sont installés des nomades turcs (Turkmènes).
Cette page décrit donc comment les Turcs — après leurs conquêtes en Perse/Mésopotamie — avancèrent vers l’Asie Mineure sous Suleiman, faisant de Nicée leur capitale.
Cela conduit historiquement à la situation juste avant la croisade de 1096–1099.

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