Quand il n’y avait ni ordre, ni règle…
Ce petit cahier de belle écriture, rédigé au début du XVIIIe siècle, se penche sur la Première Croisade. Une époque où beaucoup se mirent en route, animés d’une foi ardente, mais sans unité, sans direction.
Sur ces pages, nous ne lisons pas un récit héroïque, mais ce qui le précède : confusion, divisions, et absence de structure. Page après page se dévoile ici l’image d’un monde en quête — de direction, d’autorité… d’ordre.
Ce que vous voyez ici n’est pas une page explicative ordinaire.
Devant vous se trouve un manuscrit français datant de 1705, dans lequel l’auteur inconnu — que nous pensons être un moine — décrit, depuis les prémices de la Première Croisade jusqu’à… Un petit manuscrit — portant une grande histoire.
Sur cette page, le manuscrit est dévoilé pas à pas.
Texte
Pour chaque page, vous trouverez :
– à gauche : la transcription du texte original en ancien français
– à droite : la traduction en néerlandais contemporain
– en dessous : une brève explication et interprétation
Le texte complet n’est pas présenté en une seule fois, mais se déploie par parties de cinq pages.
Entre ces parties, vous trouverez des repères temporels, permettant de suivre l’évolution du récit.
Le manuscrit compte au total 126 pages. Le texte intégral ne sera pas publié d’un seul coup,
mais se développera dans le temps — page après page.
Chaque vendredi, nous poursuivons le chemin de la Première Croisade, avec Godefroy, avec Pierre l’Ermite, nous entendons le pape Urbain II, nous nous rendons à Constantinople, auprès de l’empereur Alexis, et ainsi de suite… jusqu’à notre destination.
L’histoire continuera de se dévoiler à ceux qui reviendront.
Marchez avec nous, sur le chemin de la Première Croisade…
Note de l’auteur : bref résumé de l’histoire de la Guerre Sainte.
Voici le début de la croisade : comment Godefroy de Bouillon prit Jérusalem et fut proclamé roi, mais refusa ce titre. Le 15 juillet de l’an de Jésus-Christ 1099, un vendredi, à la même heure où Jésus-Christ rendit son esprit.
Après cela, le royaume fut gouverné par neuf rois, tous d’origine française.
Page 1.
L’origine des Turcs les Turcs étoient une nations qui habitoit ci devant
dans une isle, qui se nomoit
Sarmadia Assiatica. Est de là ils se sont retirez dans un endroit qui se nome la Marée Caspium, où cette
endroit porte encore le Nom aujourd’huy Turquestan, là ces peuples s’entretenoient seulement de ce qu’ils y eslioient. Sur tout quand ils se fesoit quelque desordre
dans…
Page 1.
Les Turcs étaient une nation qui habitait autrefois
dans une île appelée Sarmadia Asiatica.
De là, ils se retirèrent vers une région appelée la mer Caspienne,
dont le territoire porte encore aujourd’hui le nom de Turkestan.
Là, ces peuples ne vivaient que de ce qu’ils produisaient sur place,
notamment de leurs cultures.
Surtout lorsqu’il survenait quelque trouble
dans…
Remarque :
La traduction néerlandaise est fidèle au contenu,
mais formulée de manière plus fluide et plus forte sur le plan sémantique,
ce qui fait perdre certaines nuances présentes dans le texte original.
Page 2.
…dans les Royaumes voisins
Ils prenoient le parti de servir en qualité de Soldats. Ils s’entretenoient seulement
du pillage qu’ils rapportoient dans leur territoire. Dans le tems de l’Empereur Otto 3. ce peuple ont esté pris à la solde par Mahomel, qui étoit Sultan Sarasin dans la Perse, dont l’on étoit en guerre contre les Babyl- loniens, qui les appella
à son secours. Sur la fin de…
Page 2
…dans les royaumes voisins, ils choisissaient de servir en qualité de soldats.
Ils ne vivaient alors que du pillage qu’ils rapportaient sur leur territoire.
Au temps de l’empereur Otton III, ce peuple fut engagé à la solde de Mahomel
(probablement Mahomet),
qui était sultan sarrasin en Perse, alors en guerre contre les Babyloniens, lesquels firent appel à son aide.
Vers la fin de…
Note :
– « Mahomel » est probablement une forme ancienne de « Mahomet » (Mohammed).
– L’empereur Otton III régna de 983 à 1002, donc avant les croisades.
– L’auteur semble ici décrire une origine ancienne des troupes turques au service de la Perse.
– « Babyloniens » désigne probablement, dans ce contexte, des peuples situés à l’est du Levant.
Page 3
…de la Campagne ils n’ont point voulu cesser ny retourner dans leur isle d’où ils étoit venu, tant que cette nation étoient esfarouchés et alterés du sang humain et la guerre ne cessa qu’aux
que le Roi de Perse et le Sultan de Babylone fut vaincu dont ils ont in-
corporé ces deux Royaumes la Perse et Babilone, dans la Syrie et la Palestine dont Jerusalem étoit de la dépen-
dance, se voyant aussi puissant…
Page 3
…après la campagne, ils ne voulurent ni cesser ni retourner à l’île d’où ils étaient venus, car ce peuple était devenu si sauvage et assoiffé de sang humain. La guerre ne prit fin que lorsque le roi de Perse et le sultan de Babylone furent vaincus, après quoi ils incorporèrent ces deux royaumes, la Perse et la Babylone, en Syrie et en Palestine, dont Jérusalem dépendait.
Se voyant désormais aussi puissants…
Page 3: L’auteur suit ici un récit d’origine (légendaire) des Turcs, dans lequel ils quittent une « île asiatique » → se déplacent vers la région de la mer Caspienne → servent ensuite comme mercenaires → et finissent par conquérir la Perse et la Babylone, en s’étendant jusqu’en Syrie et en Palestine.
Il ne s’agit évidemment pas d’une reconstruction historiquement exacte, mais de la tradition européenne bien connue des XVIIe–XVIIIe siècles des récits sur « l’origine turque ».
Page 4
Puissants ils ne se sont pas contants de cette belle conquête, ils ont encore envahi, per, dans la petite Asie, où
estoit le grand et renommé Sultan Solimans, ils lui ont pris le Royaume
de Pontume, auquel ils ont donné le nom d’Turcomanian, et la Capadoc, la Bithiniem et firent la guerre jusqu’au
regne de l’Empereur Henri. 4. et firent leur residence à Nicea l’année 1081
Page 4
Puissants qu’ils étaient, ils ne se contentèrent pas de cette grande conquête ; ils avancèrent en Asie Mineure, où régnait le grand et renommé sultan Soliman ; ils lui prirent le royaume de Pont, auquel ils donnèrent le nom de Turkomanie, ainsi que la Cappadoce et la Bithynie, et firent la guerre jusqu’au règne de l’empereur Henri IV, établissant leur résidence à Nicée en l’an 1081.
Page 4: Soliman / Solimans
Il s’agit de Suleiman ibn Qutulmish → mieux connu sous le nom de Soliman I de Rûm, fondateur du sultanat seldjoukide de Rûm.
Historiquement, cela correspond : il conquit en Asie Mineure notamment Nicée.
Nicée (Nicaea / Iznik)
Devint en 1081 une capitale turque → datation correcte.
Henri IV (Heinrich IV)
Empereur du Saint-Empire romain germanique (1056–1105).
L’auteur l’utilise comme repère temporel → juste avant la Première Croisade.
Pont / Cappadoce / Bithynie
Régions historiques d’Asie Mineure.
Turcomanian → Turcomanie
Terme utilisé dans les anciennes sources européennes pour désigner les régions où se sont installés des nomades turcs (Turkmènes).
Cette page décrit donc comment les Turcs — après leurs conquêtes en Perse/Mésopotamie — avancèrent vers l’Asie Mineure sous Suleiman, faisant de Nicée leur capitale.
Cela conduit historiquement à la situation juste avant la croisade de 1096–1099.
Blz 5.
C’est là où Mahomet a établi une Loi à son nom, qui subsiste encore aujourd’huy et a quitté celle de Sarasin ou Greque, mais ils n’ont pas quitté leurs
mauvaises inclinations Barbare et Tyranne, c’est pourquoi que les Chrétiens qui étoient sous leurs Domination avoient
beaucoup à Souffrir, bien plus que quand ils étoient Sarasin.
Dans ce tems là il arriva que dans la quantité de Pe- lerins qui viaggioit journellement…
Page 5
C’est là que Mahomet a établi une loi en son nom, qui subsiste encore aujourd’hui, et par laquelle ils ont abandonné l’ancienne loi des Sarrasins ou des Grecs. Mais ils n’ont pas renoncé à leurs mauvaises, barbares et tyranniques inclinations; c’est pourquoi les chrétiens, qui vivaient sous leur domination, eurent beaucoup à souffrir — plus encore que lorsqu’ils étaient encore sarrasins.
En ce temps-là, il arriva que, parmi le grand nombre de pèlerins qui voyageaient chaque jour…
Page 5 – Mahomet / Mohammed
L’auteur établit une distinction → avant : « sarazin ou greque » (c’est-à-dire : religions/cultures orientales antérieures) → après : loi islamique (« Loi à son nom »).
Décrire l’islam comme « établi par Mahomet » est typique de la pensée pré-Lumières :
→ islam = une innovation qui divise → rupture avec l’ancien ordre du monde
Préambule aux pèlerins → Pierre l’Hermite → Croisade
La phrase se termine par :
« parmi le grand nombre de pèlerins qui voyageaient chaque jour… »
Une introduction à :
→ les pèlerins sont maltraités → l’Europe réagit → Croisade
Nous nous trouvons maintenant, dans le contenu, juste avant la Première Croisade (1096).
Page 6
d’Occident à la terre Sainte
dont entre autre il s’y trouva un Religieux qui se nomoit Pierre l’Hermite, il étoit l’ermite d’Amiens, qui fit plusieurs fois le voyage de la
terre Sainte dont il vit la miserable situation où les Chrétiens étoient, entre les mains de ces Barbares. Il prit l’occasion d’en parler à Simon
Patriarche de Jerusalem et ils en tinrent une Conference, et il le pria d’avoir la bonté de lui prester la main dans cette…
Page 6
…de l’Occident vers la Terre Sainte. Parmi eux se trouvait un homme d’Église nommé Pierre l’Hermite ; il était l’ermite d’Amiens et fit plusieurs voyages en Terre Sainte.
Là, il vit la misérable condition dans laquelle vivaient les chrétiens, entre les mains de ces barbares.
Il saisit l’occasion d’en parler avec Simon, le patriarche de Jérusalem, et ils eurent un entretien ; au cours duquel il lui demanda d’avoir la bonté de l’aider en cela…
Page 6
…de l’Occident vers la Terre Sainte. Parmi eux se trouvait un homme d’Église nommé Pierre l’Hermite ; il était l’ermite d’Amiens et fit plusieurs voyages en Terre Sainte.
Là, il vit la misérable condition dans laquelle vivaient les chrétiens, entre les mains de ces barbares.
Il saisit l’occasion d’en parler avec Simon, le patriarche de Jérusalem, et ils eurent un entretien ; au cours duquel il lui demanda d’avoir la bonté de l’aider en cela…
Page 6 – Prélude à la Première Croisade
1. Pierre l’Hermite (Peter the Hermit)
Selon la tradition médiévale, il joua un rôle important dans :
– voir la misère en Terre Sainte
– éveiller l’esprit de croisade en Europe
→ initiateur de la Croisade
• → La situation est grave → chrétiens = souffrants, innocents
→ musulmans = cruels, barbares (note : ceci reflète le point de vue de la source médiévale)
→ Un homme saint voit cela
→ Il ne peut se taire
→ Il agit → contact → concertation → action
2. « Patriarche de Jérusalem » Ici : Simon — le soutien spirituel de la Croisade.
Page 7. cette affaire, qu’il eut seulement la bonté d’en écrire au Pape, de le faire à savoir aux Princes
de l’Europe que pour lui de son côté il se portoit fort d’exciter les Courones de l’Occident et de faire une expédition contre les Turcs et de conquérir la terre Sainte.
Le Pape Urbain 2 se
signala de tenir un Congré à Piacenza par l’avis de l’Empereur Henri IV. là où tous les Embassadeurs de l’Europe, même ceux de…
Page 7
Dans cette affaire… qu’il eut seulement
la bonté d’en écrire au Pape,
de l’en informer, et aux princes de l’Europe, que, pour sa part, il était disposé à appeler les couronnes de l’Occident
à entreprendre une expédition contre les Turcs et à conquérir la Terre Sainte.
Le pape Urbain II se proposa de tenir une assemblée à Piacenza, sur l’avis de l’empereur Henri IV, où tous les ambassadeurs de l’Europe vinrent,
même ceux de…
Nous nous trouvons maintenant à un moment de transition historique important :
→ de Pierre l’Hermite → au pape Urbain II
→ le passage du signal spirituel → à l’action politique
✅ 1. Urbain II & le concile de Plaisance (mars 1095)
· la situation des chrétiens en Orient,
· l’appel de l’empereur byzantin Alexis Ier à l’aide contre les Turcs.
Le concile suivant — Clermont —
devint le moment où la croisade fut officiellement proclamée.
Nous lisons :
· La « bonté » → l’humilité de Pierre l’Hermite
· Qu’il a suivi la voie juste : Pape → princes
· Que le pape a agi immédiatement
✅ 3. Les couronnes de l’Occident — le terme souligne que le projet :
→ était européen & chrétien → et non seulement français, allemand, etc.
La valeur symbolique de la croisade : → une seule chrétienté, un seul but.
Page 8
de Constantinople y ont paru, et par après à Clermont en Auvergne, là où on y tint deux Conseils tant pour tout
l’Église, que pour bien des autres chose, mais sur tout au sujet de la guerre contre ces Barbares, pour retirer
la terre Sainte de leur mains. L’on a conclu d’accorder une indulgence plenierre à tous ceux qui s’offroient à cette entreprise, mais encore tous leurs biens et leurs personnes même sous la protection du…
Page 8
…de Constantinople y vinrent, et ensuite à Clermont en Auvergne, où l’on tint deux conciles, tant pour toute l’Église, que pour de nombreuses autres affaires,
mais surtout en ce qui concerne la guerre
contre ces Barbares, afin de délivrer la Terre Sainte de leurs mains.
On décida d’accorder une indulgence plénière à tous ceux qui se présenteraient pour cette entreprise, et en outre de placer leurs biens et leurs personnes sous la protection de…
2 conciles :
1 : mars 1095 à Plaisance
2 : Clermont, novembre 1095
Le moment où le pape Urbain II proclama officiellement la croisade.
Indulgence plénière :
Quiconque partait pour libérer Jérusalem
⇒ recevait le pardon de tous ses péchés
Cela exigeait :
→ partir avec une intention pure
→ et combattre pour le Saint-Sépulcre
Si quelqu’un partait en croisade →
sa famille & ses biens étaient placés sous la protection de l’Église
Cela visait à éviter :
→ que les familles deviennent vulnérables
→ que les biens soient saisis
Page 9
du Pape et de l’Église, et tous ceux qui étoient homme de guerre ou qui savoient manier les armes, refuseroient de mettre l’épée à la main seroient bannie de l’Église et même
excommunié.
L’on donna ordre à tous les Évêques de donner de prêcher dans tous les
endroits de leur Diocèse, afin
d’animer le peuple à cette entreprise, et tous ceux qui auront pris la resolution de cette expédition fussent marqué d’une Croix rouge qu’on leurs…
Page 9
…du Pape et de l’Église ; et tous ceux qui étaient hommes de guerre ou qui savaient manier les armes et refuseraient de prendre l’épée seraient bannis de l’Église et même excommuniés.
On donna à tous les évêques l’ordre de prêcher dans tous les lieux de leur diocèse, afin d’encourager le peuple à cette entreprise.
Et tous ceux qui prenaient la décision de participer à cette expédition étaient marqués d’une croix rouge que l’on leur…
La rhétorique est la suivante : le Saint-Sépulcre est d’une telle importance que celui qui peut combattre mais refuse de le faire, agit contre Dieu lui-même.
La prédication fut diffusée dans tout le diocèse. Cela se fit par les évêques, les prêtres et les prédicateurs populaires, tels que Pierre l’Hermite.
LA CROIX ROUGE les participants à la croisade recevaient une croix rouge portée sur : les vêtements, le manteau et/ou l’épaule.
Il s’agissait du signe originel et unique officiel du croisé → crucesignatus = « marqué du signe de la croix ».
C’est ici que naît l’identité de la croisade. Cette croix rouge est également à l’origine du mot « croisé ».
Nota : il s’agissait là du savoir de 1705. Plus tard, il est apparu que la croix rouge ne fut officiellement attribuée par le pape qu’entre 1144 et 1147.
De même, à l’époque des croisades elles-mêmes, on ne parlait pas encore de « croisade ». Ce nom ne leur fut donné que bien plus tard. Le pape Urbain II parlait de : Iter Hierosolymitanum — le voyage vers Jérusalem.
Page 10
…attachée sur l’épaule, c’est par là qu’est devenu le nom de la Croissade.
L’on ne peut exprimer l’effet que ces prédicateurs ont opéré dans si peu de
tems de tous les Royaumes
d’Occident le peuple y accourut à grande foule, et receurent la marque de la croix, quelqu’un d’un vrai zele de voir et d’adorer le vrai sepulchre de Jesus Christ, et de le retirer des mains des infidelles…
Page 10
…cousue sur l’épaule ; c’est de là que vient le nom de « croisade ». On ne peut décrire l’effet que ces prédicateurs provoquèrent en si peu de temps dans tous les royaumes de l’Occident : le peuple affluait en grand nombre et recevait le signe de la croix.
Animés d’un véritable feu et d’un profond désir
de voir et de vénérer le véritable tombeau de Jésus-Christ
et de le délivrer des mains des infidèles…
Page 10
C’est par là qu’est devenu le nom la Croisade.
→ Cela fait référence au signe de la croix rouge.
→ Le mot français « croisade » vient de « croix ».
→ Le porteur du signe devient le « croisé ».
Le peuple y accourut à grande foule
→ L’appel d’Urbain II déclencha un véritable mouvement de masse.
Encore une fois : ce n’est pas ainsi qu’on en parlait en 1097 — cette terminologie n’apparut réellement qu’au XIIIe siècle.
Page 11
….d’autres par curiosité, d’autres par séculantise, et de paresse pour être exanter du travail et de paier leur dettes qu’ils
avoit fait dans leur libertinage et debauche, c’est là ils prenoient leur préteste jus’qua aux femmes et les enfans qu’ils ne voulurent
pas être exempt de ce voyage et hors du nombre de la croisade. Enfin que l’armée qui s’avoit assemblé de tous l’occident comme dit de grand historiens, Wilhelin Malmesburg
Page 11
…d’autres par curiosité, d’autres par mondanité,
ou par paresse, afin d’être dispensés du travail,
et pour échapper aux dettes qu’ils avaient accumulées dans leur débauche et leurs excès.
Ils saisirent tous les prétextes possibles,
au point même de ne pas vouloir laisser femmes et enfants en dehors de ce voyage, mais de les compter parmi le nombre de la croisade.
Bref, l’armée qui se rassembla de tout l’Occident, comme le disent les grands historiens, parmi lesquels Guillaume de Malmesbury…
Page 11.
Guillaume de Malmesbury → il († vers 1143) fut un important chroniqueur anglais. Son œuvre est l’une des grandes sources latines décrivant les croisades.
Le fait que l’auteur le cite
→ montre qu’il fonde son récit sur une tradition respectée
→ ou qu’il cherche au moins à lui donner une autorité reconnue.
À noter : Il est exceptionnel qu’un manuscrit scolaire/semi-monastique cite explicitement un historien précis !
Cela signifie que l’auteur n’était pas un simple répétiteur sans réflexion, mais quelqu’un qui savait que l’autorité écrite a de l’importance.
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Malmesbourg qui l’a vu et qui étoit de ce tems là fait le nombre de 5 millions d’âmes
à porter les Armes. Mais le malheur étoit qu’ il y avoit un très grand désordre dans tous ces différentes nations, chacun vouloit être maître.
1º qu’il n’y avoit personne pour commander l’armée en chef, chaque seigneur qui avoit pris la marque de la
croix étoit pour lui seul et faisoit avec ses gens tout ce…
Page 12.
Guillaume de Malmesbury, qui l’a vu et qui appartenait à cette époque, dit que le nombre
de cinq millions d’âmes pouvait porter les armes.
Mais le malheur fut qu’un très grand désordre régnait parmi toutes ces différentes nations, car chacun voulait être maître.
1º Il n’y avait personne qui commandait l’armée
dans son ensemble; chaque seigneur qui avait pris la croix agissait pour lui-même et faisait avec ses hommes ce qu’il voulait…
Page 12.
Au début de la Première Croisade, il n’y avait pas de commandant suprême, mais plusieurs chefs :
• Godefroy de Bouillon
• Raymond de Toulouse
• Bohémond
• Tancrède
• Robert de Normandie
etc.
→ chacun avait ses propres troupes
→ il n’existait aucun commandement central
Cela donne à ce manuscrit une grande précision historique.
Page 13
ce qu’il jugeoît à propos, quoique la plus grande autorité avoit été donnée en
mains de GottFroi de Bouillon, mais il n’avoit pas le commandement en Chef, mais seulement comme premier Con-
seiller de guerre.
2ºme étoit que l’on ne s’entreparloit pas l’un et l’autre comment ou quand l’on
commencerout la guerre contre les Turcs, mais chacun faisoit comme bon lui sem-
bloit à la garde de Dieu.«
Page 13
« …ce qu’il jugeait bon, bien que la plus grande autorité eût été donnée entre les mains de Godefroy de Bouillon, il n’avait cependant pas le commandement suprême ;
il n’était considéré que comme le premier
conseiller de guerre.
La seconde chose était que l’on ne se consultait pas entre eux sur la manière ou le moment de commencer la guerre contre les Turcs ; mais chacun faisait ce qui lui semblait bon, sous la garde de Dieu. »
Ici, quelque chose de très intéressant est dit → Il possédait la plus haute autorité, mais non le commandement suprême. Historiquement, cela est exact : il n’existait aucun commandant suprême officiel. Godefroy était considéré comme primus inter pares — « le premier parmi ses égaux ». Son prestige était immense, mais il ne détenait aucun pouvoir absolu.
Il est ici nommé premier Conseiller de guerre.
Il est donc présenté comme :
→ un chef moral
→ et non un dictateur militaire.
Autrement dit, Godefroy apparaît comme humble, pieux et au service des autres. Les chroniques plus tardives le rendirent presque saint, et ce manuscrit s’inscrit parfaitement dans cette tradition.
« …on ne se consultait pas sur la manière ou le moment de commencer… »
→ description très fidèle de la première croisade.
→ les chefs étaient rivaux
→ la planification faisait défaut
→ la foi > la logistique
→ pourtant tout avançait « sous la garde de Dieu »
→ malgré les faiblesses humaines.
De même : « chacun faisoit comme bon lui sembloit à la garde de Dieu. »
→ chacun faisait ce qu’il voulait
→ dans la confiance en Dieu
→ agissant librement, mais sous la protection divine.
Page 14
Sans savoir ce qu’il avoit de soin de faire, ou de s’allier avec les autres. 5ᵉᵐᵉ. Ils savoient qu’ils seroient obligez de passer sur le territoire étranger, et que l’on ne s’étoit pas précautioné comme, et où l’on pourroit avoir des vivres, pour l’entretien des troupes: mais ils ont laissé venir les affaires jusqu’à la dernière extrémité.
C’étoit une très grande faute qui a causé une si mauvaise conséquence. Avant que de…
Page 14
Sans savoir ce qu’il fallait faire, ni comment il convenait de s’unir aux autres. 5e. Ils savaient qu’ils seraient contraints de traverser des terres étrangères et que l’on n’avait prévu ni comment ni où l’on pourrait obtenir des vivres pour l’entretien des troupes ; mais on laissait les choses aller jusqu’à l’extrême.
Ce fut une très grande faute, qui eut de si mauvaises conséquences. Avant que l’on…
.
Page 14
Ici, il est expliqué que peu, voire aucune mesure de précaution n’avait été prise, par manque d’expérience. C’était la première croisade. Ils traversaient des territoires inconnus — pour la première fois. Autrement dit : la piété seule ne suffit pas ; il faut aussi faire preuve de sagesse et de prévoyance.
C’est un avertissement :
Dieu te guide — mais Il ne prépare pas ton repas à ta place.→ Les objectifs sacrés demandent également une sagesse terrestre.
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et parler de cette affaire nous ferons le détail comme les troupes se sont partagé.
Le 1ᵉʳ Convoi, et l’auteur de cette entreprise qui se nomma Pierre l’hermite, qui voulut être Prêtre et General en même tems, mais
comme les troupes étoient trop puissante ils donna 100000 hommes tous bon guerriers a un Gentil home françois nommé Gualtaro
qui veut dire en françois. Sans avoir. Car ils étoient tres
Page 15
Et pour parler de cette affaire, nous expliquerons comment les troupes furent divisées. La première colonne, et l’instigateur de cette entreprise, qui
s’appelait Pierre l’Hermite, voulait être à la fois prêtre et général; mais comme les troupes
étaient trop nombreuses, il donna 100.000 hommes, tous de bons combattants, à un
gentilhomme d’origine française, nommé Gualtaro, ce qui en français signifierait
« Sans avoir / Sans possessions ». Car ils étaient très …
Page 15
Ici, le manuscrit revient sur la Croisade populaire. Il s’agissait de la croisade précédant cette Première Croisade. Elle était désorganisée. Son initiateur était Pierre l’Hermite = Pierre le Solitaire. Ses partisans étaient divisés en plusieurs groupes/colonnes. Ses forces étaient immenses : 100.000 combattants. Un prêtre n’est pas formé pour commander 100.000 hommes dans une guerre, aussi pieuses que puissent être ses intentions. L’ambition de Pierre était grande. Il voulait être à la fois prêtre et chef militaire.
C’est ici qu’apparaît un tournant très important. Par les erreurs et les souffrances, on comprit que les croisades devaient être menées sous une direction militaire => Il devint clair qu’il fallait des moines-chevaliers. La foi unie à la discipline militaire = une Sainte force combattante. La naissance des Templiers.
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très pauvres, il marchoit avec ses troupes qui étoient composée que de 800 Cavaliers et 6000 hommes de pied. Tel étoit les préparations. Ils passèrent par l’Allemagne,
et la Hongrie en paix. Mais comme l’argent commençoit à manquer, et qu’ils avoient
presque tous depensé ce qu’ ils avoient pris avec eux, et ors qu’ils furent arrivez
dans la Servie et de là dans la Bulgarie, les troupes se mirent à piller et à ravager.
Page 16
Très pauvre, il marcha avec ses troupes, qui ne consistaient qu’en 800 cavaliers et 6000 hommes à pied. Telles étaient les préparations. Ils traversèrent paisiblement
l’Allemagne et la Hongrie. Mais dès que l’argent commença à manquer, et qu’ils eurent dépensé presque tout ce qu’ils avaient emporté avec eux, et lorsqu’ils furent arrivés en Serbie puis de là en Bulgarie, les troupes commencèrent à piller et à détruire.
Page 16
La Croisade populaire était pauvre et mal organisée. Les troupes avancèrent d’abord paisiblement. Mais lorsque l’argent vint à manquer, elles sombrèrent dans le pillage.
Leur mission pieuse perdit sa sainteté, car le manque humain d’ordre et de discipline mena à un déclin moral.
Cela devint une leçon pour la croisade suivante.
Page 17
pour avoir dequoi à vivre. Les habitants de la Bulgarie se sont assemblée, et ont masacré la plus grande partie des frères de la croisade. Les ont poursuitt jusqu’à dans les bois et forêts sauvages, là où
ils ont souffert la faim et la misère, jusques’ils sont arrivé à Constantinople, là où l’Empereur Alexius leurs a fournie des vivres pour les rafraichir et continuer leur route, mais ils camperent longtems hors de la ville,
Page 17
Pour trouver de quoi se nourrir, les habitants de Bulgarie se rassemblèrent et massacrèrent la plus grande partie des frères de la croisade. Ils les poursuivirent profondément dans les forêts et les terres sauvages, où ils souffrirent de la faim et de la misère, jusqu’à leur arrivée à Constantinople. Là, l’empereur Alexis leur fournit de la nourriture afin qu’ils reprennent des forces et poursuivent leur route, mais ils demeurèrent longtemps à l’extérieur de la ville.
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Ils entrèrent en conflit avec la population bulgare, qui se souleva contre eux, les obligeant à fuir dans les forêts. Seul un petit nombre atteignit Constantinople, épuisé. L’empereur Alexis leur accorda nourriture et repos, MAIS il les obligea à camper hors des murs de la ville. La leçon est claire : celui qui ne met pas sa foi en ordre devient lui-même la cause du chaos.
Page 18
….parce qu’ils furent obligez
d’attendre leurs commandement, qui étoit dispersé aussi bien qu’eux.
2ᵈᵉᵐᵉ Convois de 4000 Soldats,
la plus grande partie des Lorrains, Bavarois et Moraviens, avec les Autrichiens, la plus grande partie étoient des Brigands que conduisoit
Pierre l’hermite, que l’on tenoit dans ce tems là pour un grand Prophète et un Saint très particulier, avec la Croix à la main, mais il
Page 18.
…car ils étaient contraints d’attendre leurs chefs, qui étaient tout aussi dispersés qu’eux-mêmes.
La seconde colonne comptait 4 000 soldats, principalement originaires de Lorraine, de Bavière et de Moravie, ainsi que quelques Autrichiens. La plupart d’entre eux étaient des pillards et des brigands, sous la conduite de Pierre l’Ermite, que l’on considérait alors comme un grand prophète et un homme d’une sainteté exceptionnelle, portant la Croix à la main, mais il…
Page 18
La seconde colonne était composée de 4 000 hommes venus d’Europe centrale. La plupart étaient des pillards, dirigés par Pierre l’Ermite, qui était considéré par le peuple comme un prophète et un saint homme, la Croix à la main…
Page 19
n’avoit pas la connoissance des affaires de la guerre, ce qui fit que ses troupes furent
défaites à Nicomédie par les Turcs, où presque tous furent tués, et lui avec quelques
uns s’enfuirent à C. pol.
Cependant les Princes de l’Europe commençoient à s’avancer avec leurs troupes bien équipées et en ordre, nous en parlerons cy-après.
Page 19.
…n’avait aucune connaissance de l’art de la guerre, ce qui entraîna la défaite de ses troupes
près de Nicée face aux Turcs.
Presque tous furent tués, et lui-même s’enfuit
avec quelques survivants vers Constantinople.
Pendant ce temps, les princes d’Europe
commencèrent à mettre en marche leurs armées bien équipées et disciplinées — dont nous parlerons plus tard.
Page 19.
La bataille près de Nicée (Nicée est l’actuelle İznik en Turquie.) Les troupes désorganisées de Pierre l’Ermite furent totalement massacrées par les Turcs sous le commandement du sultan Kilij Arslan. Seule une poignée de survivants, accompagnés de Pierre l’Ermite, réussit à regagner Constantinople.
Ainsi prit fin la Croisade populaire dans la catastrophe.
Les rois et les nobles d’Europe le virent — mais plus encore le Pape ! C’est ICI que se trouve la graine de l’idéal templier. Car ce qui suit dans l’histoire est une génération de chevaliers qui apprennent :
« Nous combattrons pour Dieu — mais avec savoir, ordre et discipline. »
Nés pour ORDONNER LA FORCE SACRÉE, afin qu’elle ne sombre pas dans le chaos et le mal.
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Ses troupes qui n’étoient pas de son commandement de piller tout ce qu’ils y pourroient trouver. Sur cela, comme de
raison, ils furent attaquez des Hongrois et qui ont tomber sur eux et en ont tué 1000, et les autres mis en desordre.
Leurs or et leurs argent et bagages furent pillez, que le reste qui avoit pris la
fuite furent obligé de mendier leur pain en chemin jusque à Constantinople.
Comme ceux-ci furent arrivé…
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Ses troupes, qui n’étaient pas placées sous son commandement direct, commencèrent à piller tout
ce qu’elles pouvaient trouver. C’est pourquoi, et à juste titre, elles furent attaquées par les Hongrois, qui les surprirent et en tuèrent un millier, tandis que les autres
tombaient dans le désordre. Leur or, leur argent et leurs bagages furent pillés, et les survivants, qui avaient pris la fuite, furent contraints de mendier leur pain sur la route de Constantinople.
Lorsqu’ils y arrivèrent enfin…
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Écho historique, la Croisade populaire de Gauthier Sans-Avoir et de Pierre l’Ermite traversa la Hongrie et la Bulgarie, où elle entra à plusieurs reprises en conflit avec les populations locales qui les considéraient comme des pillards.
Des milliers d’entre eux furent massacrés près de Belgrade et de Niš.
C’est le point le plus bas du chaos humain : le moment où une foule pieuse est réduite à la mendicité.
Pourtant, ce n’est pas la fin, mais le moment de purification du récit — l’humiliation nécessaire avant la reconstruction.
Car de cette catastrophe naît la conviction qu’une guerre sainte n’est possible qu’avec :
• l’ordre
• l’obéissance
• la discipline
• le leadership
C’est ici que l’idéal du chevalier moine naît de la nécessité.
Ce qui suit est le souffle du silence après la tempête : le moment où la leçon s’imprime enfin : PLUS JAMAIS AINSI !
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L’Empereur Alexius leurs demanda de se joindre avec les autres troupes de Sansavoir qui étoient arrivées avant eux, et de se reposer, d’attendre leurs autres
camarades; mais comme ils étoient reposé ils se mirent comme auparavant à voler et à ravager. Alors Alexius ne les voulut pas souffrir davantage, et les obligea de partir pour l’Asie, et d’aller
trouver leurs ennemis. Étant arrivés en Asie, il s’y assembla
toute sorte de nations, et…
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L’empereur Alexis leur demanda de rejoindre les autres troupes de Sansavoir, qui étaient arrivées avant eux, de s’y reposer et d’attendre leurs autres compagnons. Mais dès qu’ils eurent repris des forces, ils recommencèrent à voler et à piller.
Alors Alexis ne voulut plus le tolérer et les contraignit à partir pour l’Asie afin d’y rechercher leurs ennemis.
Pendant ce temps, toutes sortes de peuples se rassemblèrent en Asie, et…
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La patience de l’empereur Alexis Iᵉʳ Comnène est arrivée à son terme. Les survivants de la croisade populaire (ceux qui n’avaient pas atteint Constantinople auparavant) avaient enfin été reçus par Alexis. Il leur conseilla de se reposer quelque temps et d’attendre le reste de leurs troupes. Mais dès qu’ils retrouvèrent leurs forces, ils retombèrent dans leurs anciennes habitudes : ils se mirent de nouveau à voler et à piller. Alexis comprit alors que ce groupe était devenu un fardeau et les força à quitter la ville.
Il les fit traverser le Bosphore afin de les envoyer vers l’Asie Mineure, directement en territoire ennemi des Turcs.
L’empereur était sage et patient, mais aussi réaliste : il savait que ces hommes finiraient par se perdre eux-mêmes. Cet épisode confirme une fois de plus que l’ordre l’emporte sur le chaos. Non pas une liberté sans contrôle, mais une détermination disciplinée.
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comme ils étoient obligé de vivre à leur dépens, et leur armée s’augmenta de jour
en jour de toute sorte de gens, les vivres vinrent à manquer, alors il s’éleva une révolte; les Allemands et les Italiens
se séparèrent de l’hermite et ils reconnurent pour Chef un nommé Renaldrum.
L’hermite ne se fioit plus de rester auprès de tous ces gens-là, il se retira à Constantinople pour tâcher d’avoir des vivres.
Pendant ce tems-là Solimans…
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Comme ils étaient contraints de vivre de leurs propres ressources, et que leur armée grossissait chaque jour de toutes sortes de gens, les provisions finirent par s’épuiser. Alors une révolte éclata : les Allemands et les Italiens se séparèrent de Pierre l’Ermite et reconnurent pour chef un certain Renaud.
Pierre l’Ermite n’osa plus rester parmi cette foule ; il retourna à Constantinople afin d’essayer d’y obtenir des vivres.
Pendant ce temps, Soliman commença…
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La division et le désordre s’aggravent. La révolte, le désespoir et la faim plongent davantage encore l’armée dans le chaos. Les divisions se multiplient : un groupe suit désormais un autre chef, Renaud.
Pierre l’Ermite quitte alors son armée et s’enfuit vers Constantinople pour tenter d’obtenir des vivres.
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le fameux Roi des Turcs arriva avec ses troupes reguliers, jugez, dans quelle détresse pouvoit être ce petit monceau
de troupes mal commandées et dans une si triste et déplorable situation, après avoir pris deux ou trois petites villes, il tomba sur eux. D’une terrible fureur il en fit une tuerie et prit tous ceux qui y avoient échappé prisonnier, avec leur
Commandant Renaldos, dont ils embrassèrent la plus grande partie la loi Mahométane.
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Le célèbre roi des Turcs arriva avec ses troupes régulières. On peut imaginer dans quelle détresse se trouvait alors cette petite troupe de soldats mal dirigés. Dans cet état si triste et si misérable, après avoir pris deux ou trois petites villes, il les attaqua. Dans une terrible fureur, il provoqua un massacre et fit prisonniers tous ceux qui avaient survécu, ainsi que leur chef Renaldos, dont la plupart adoptèrent la loi de Mahomet.
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Le « roi des Turcs » désigne le sultan Soliman (plus précisément Kilij Arslan), souverain du sultanat seldjoukide d’Asie Mineure. Il commandait une véritable armée, bien entraînée, en contraste frappant avec la foule inexpérimentée des disciples de Pierre l’Ermite. Il les écrasa et les massacra. Les survivants, ainsi que leur chef, se convertirent à l’islam par crainte pour leur vie.
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Et ce grand nombre d’hommes plus de 100000 fut detruit, jusqu’au nombre de 3000. Tous bons guerriers qui
s’écchapperent et s’en retournèrent
à Constantinople, voilà la suite de la première Expédition.
Le 3ᵉ Convoi, Godescalcus, un Prêtre allemand en fut le conducteur, et il suivit l’exemple de Pierre l’hermite et prêcha la Croisade dans l’allemagne, et il assembla le nombre de 15000 hommes,
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Et cette immense multitude de plus de 100 000 personnes fut anéantie, jusqu’à ce qu’il ne reste que 3 000 survivants. Tous étaient de valeureux combattants qui réussirent à s’échapper et à retourner à Constantinople.
Ceci constitue la suite de la première expédition.
La troisième colonne était conduite par Godescalcus, un prêtre allemand. Il suivit l’exemple de Pierre l’Ermite et prêcha la croisade en Allemagne. Il rassembla une armée d’environ 15 000 hommes…
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Godescalcus (Gottschalk) est un personnage historique bien connu. Prêtre allemand, il dirigea vers 1096 sa propre croisade populaire, quelque temps après Pierre l’Ermite. Ses troupes étaient composées principalement de paysans allemands — en partie des fanatiques, en partie des opportunistes — et de très peu de véritables soldats. Ils traversèrent la Bohême et l’Autriche, où ils se livrèrent à d’importants pillages, avant d’être en grande partie anéantis près de Vienne ou en Hongrie.
Nous lisons ici une vue d’ensemble des mouvements européens qui précédèrent la Première Croisade.
✅ Le fait qu’il ait suivi l’exemple de Pierre l’Ermite est essentiel. Le manuscrit présente trois vagues précédant la croisade officielle :
1. Gualtiero Sansavoir
2. Pierre l’Ermite
3. Godescalcus
Tous les trois étaient :
* profondément pieux ;
* charismatiques ;
* non militaires ;
* responsables de désordre et de massacres.
Le message implicite est parfaitement clair : la Guerre Sainte ne peut être portée par le seul enthousiasme religieux. Dieu demande aussi l’ordre.
C’est pourquoi les ordres religieux militaires apparaîtront par la suite.
✅ L’expression « Il assembla 15.000 hommes » est conforme aux sources médiévales : l’armée de Gottschalk est généralement estimée entre 10 000 et 15 000 hommes.
✔ C’est ici que débute la participation allemande au mouvement des croisades.
✔ C’est également à ce moment que commence à se former l’identité chevaleresque allemande,
→ laquelle conduira notamment à la naissance de l’Ordre Teutonique.
La page 24 constitue donc le premier moment où l’Allemagne, la ferveur des croisades et la nécessité militaire se rejoignent dans le récit.
Entre les batailles, les pèlerinages et les grands événements, ce sont souvent les petits objets qui racontent les plus belles histoires. Toutes les vingt-cinq pages, nous ouvrons le Trésor de l’Ordre pour une courte pause, avant de poursuivre la lecture du magnifique manuscrit calligraphié de notre moine de 1705.
Cette fois-ci, nous mettons à l’honneur l’un des symboles les plus célèbres de l’Ordre : le Sceau des Templiers.
Le célèbre sceau des Templiers représente deux chevaliers montés sur un même cheval. Pendant des siècles, il a été interprété comme le symbole de la pauvreté des premiers Templiers. Aujourd’hui, de nombreux historiens y voient une signification plus profonde. Le sceau évoque également la fraternité qui unissait les membres de l’Ordre ainsi que leur double vocation : chevalier et moine.
Mais le sceau remplissait aussi une fonction très pratique. Il ne constituait pas un simple ornement, mais un moyen officiel d’authentifier les documents. Au Moyen Âge, un sceau était le symbole de l’autorité, de l’authenticité et de la confiance.
✠ Vous souhaitez découvrir toute son histoire ? Retrouvez-la dans la fiche Le Sceau des Templiers, où nous explorons plus en détail la symbolique, l’utilisation et l’histoire de cet emblème exceptionnel. ✠
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mais ceux ci trouverent bien tôt leur sepulture dans la Hongrie : car ils ne furent pas sitôt arrivez dans ce païs qu’ils commencerent une vie barbare, ils voulurent mettre les Hongrois dans le harnois mais ils ont bientot eu détruit ce petit monceau de troupes, une partie de tué, et les autres mis à la fuite, et la pluspart assommé en route.4ᵉ Convois. il y avoit aussi un Comte en Allemagne nommé Emico, qui avoit aussi…
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Mais ceux-ci trouvèrent bientôt leur tombe en Hongrie, car à peine étaient-ils arrivés dans ce pays qu’ils commencèrent à mener une vie barbare. Ils voulurent soumettre les Hongrois, mais ceux-ci anéantirent rapidement cette petite troupe. Une partie fut tuée, les autres prirent la fuite, et la plupart périrent au cours de leur retraite. Quatrième convoi. Il y avait également en Allemagne un comte nommé Emico, qui lui aussi…
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Introduction du comte Emico de Leiningen. Le comte Emico de Leiningen est une figure tristement célèbre de la Croisade populaire. Prétendant avoir été appelé par Dieu, il rassembla des milliers de partisans et se rendit responsable de massacres de grande ampleur contre les communautés juives tout au long de son parcours, notamment à Worms et Mayence
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asemblé une petite armée de freve de la Croisade, il s’aseamblà aussi des Lorrains et des Anglois, et d’autre part du costé du Rhin, ainsi qu’il est devenu Seigneur de 20000 hommes à pied, et 3000 à cheval. Le nombre des valets et des femmes et enfans n’étoit pas à nombrer, ceux ci deschargèrent leur rage sur les ennemis de Jésus Christ. Ils masacrèrent les juifs d’Allemagne dans les villes où ils passerent, comme Cologne…
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Il rassembla une petite armée de croisés. Des Lorrains, des Anglais ainsi que d’autres hommes venus de la région du Rhin se joignirent également à lui, de sorte qu’il se retrouva à la tête de 20 000 hommes à pied et de 3 000 cavaliers. Le nombre de serviteurs, de femmes et d’enfants était incalculable. Ces derniers déchaînèrent leur fureur contre les ennemis de Jésus-Christ.
Ils massacrèrent les Juifs d’Allemagne dans les villes qu’ils traversèrent, comme Cologne…
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Une petite armée ➣ qui compte aussitôt 23 000 combattants. Ce qui commence comme une « petite troupe » connaît une croissance fulgurante dès que des groupes venus de Lorraine, d’Angleterre et de la région du Rhin s’y joignent.
On reconnaît ici la dynamique typique des mouvements religieux populaires: un chef charismatique + un appel religieux = un afflux massif de personnes.
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Mayence, Worms, et autres villes plus de 12000 ils pillerient tous leurs butins et les mirent par leur procedure dans un tel desespoir qu’ils se tuerent eux memes avec femmes et enfans, ainsi ils
poursuivirent leur chemin dans la Hongrie, et come ils y furent arrivé, les hongrois se ressouvirent des autres qui
avoit passé avant eux, ils leurs refuserent le passage, alors ils se mirent à assieger la ville de Mersbourg qui est
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Mayence, Worms et d’autres villes. Ils pillèrent plus de 12 000 personnes, les dépouillèrent de tous leurs biens et les poussèrent par leurs agissements à un tel désespoir qu’elles se donnèrent elles-mêmes la mort, avec leurs femmes et leurs enfants. Ils poursuivirent ensuite leur route à travers la Hongrie. Lorsqu’ils y arrivèrent, les Hongrois se souvinrent de ceux qui les avaient précédés et refusèrent de leur accorder le passage. Ils commencèrent alors à assiéger la ville de Mersbourg, qui est…
Page 27 – Explication
• Mayence = Mainz, Worms
Ce sont précisément les villes dans lesquelles le comte Emicho et ses partisans perpétrèrent en 1096 les tristement célèbres pogroms contre les Juifs. Le manuscrit les mentionne explicitement, sans chercher à les excuser.
• « plus de 12 000 »
Ce chiffre est probablement exagéré, ce qui était fréquent à cette époque, mais il témoigne d’une violence massive et d’une désorganisation totale.
• « ils se tuèrent eux-mêmes avec femmes et enfants »
Ce passage renvoie aux récits historiques selon lesquels des communautés juives commirent des suicides collectifs afin d’échapper aux conversions forcées et aux violences. Il s’agit de l’une des pages les plus sombres de la Croisade populaire.
• Le ton de l’auteur est réprobateur et non triomphal.
Il montre ainsi ce que peut provoquer une ferveur religieuse désordonnée et devenue incontrôlable.
• Le passage en Hongrie marque une nouvelle fois :
→ la méfiance
→ la fermeture des frontières
→ l’escalade
→ le siège
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Sur les frontieres de la Hongrie, mais pendant le siege, ils leurs vint une si grande et terrible frayeur qu’ils prirent tous la fuite, la plus grande partie furent noïé dans la Frai et étouffé dans les marets, les autres furent tué des paisans hongrois, enfin il n’en revint que fort peu.
Second convoi qui etoit tres bien reglé et commandé par Robert Duc de la Normandie, et Etienne Comte de Chartre et Eustasie Comte de Boulogne
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Aux frontières de la Hongrie, pendant le siège, ils furent saisis d’une peur si grande et si terrible qu’ils prirent tous la fuite. La plus grande partie se noya dans la rivière Frait et périt dans les marécages ; les autres furent tués par des paysans hongrois. Finalement, très peu d’entre eux revinrent.
La deuxième colonne, parfaitement organisée, était commandée par Robert, duc de Normandie, Étienne, comte de Chartres, et Eustache, comte de Boulogne.
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1️⃣ La destruction complète du groupe d’Emicho. Cette page marque la fin de l’histoire du comte Emicho et de son armée populaire.
la panique
la fuite
la noyade
l’étouffement dans les marécages
la mort aux mains de paysans hongrois (et non de soldats) « très peu revinrent » : presque personne ne survécut.
L’auteur ne décrit pas un acte héroïque, mais une désintégration morale qui conduit au chaos puis à la destruction totale.
2️⃣ Une dimension théologique discrète mais évidente. L’ordre des événements est révélateur : violence contre des innocents orgueil absence d’ordre
→ la protection divine disparaît.
→ la peur prend le dessus.
Il ne s’agit pas d’un sermon explicite, mais d’une relation morale de cause à effet.
3️⃣ Une transition essentielle : la deuxième colonne. En une seule phrase, tout change.
Après le chaos vient l’ordre.
Après Emicho viennent les véritables nobles.
Après la fureur populaire vient une chevalerie disciplinée.
L’auteur oppose volontairement :
la croisade populaire ↔ la deuxième colonne
le désordre ↔ une organisation exemplaire
la ferveur incontrôlée ↔ la discipline
des meneurs charismatiques ↔ des chefs nobles
la destruction ↔ l’espérance.
4️⃣ Les trois personnages Robert, duc de Normandie fils de Guillaume le Conquérant chef militaire expérimenté Étienne, comte de Chartres croisé bien connu des sources il faillira plus tard et rentrera chez lui, créant un contraste intéressant.
Eustache, comte de Boulogne frère de Godefroy de Bouillon lien direct avec la conquête de Jérusalem.
➡️ C’est ici que commence véritablement la Première Croisade.
🔑 Pour comprendre l’ensemble
Ce manuscrit suit une logique très cohérente : il montre d’abord tout ce qui échoue, avant d’expliquer qu’une guerre sainte exige l’ordre, l’obéissance et un commandement solide.
C’est précisément dans ce terreau que les Templiers trouveront plus tard leurs racines.
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avec Robert Comte de Flandre marcherent sous la conduite de Hugo frere de Philippe Roi de France, ils prirent leur route par l’Italie et s’embarquerent en Orient, mais comme l’hiver les surpris, ils furent obligé de passer le Quartier d’hive dans la Calabrie le Prince Hugues qui étoit fort jeune trouva le tems long, il voulu partir pour Constantinople, et y vouloir faire de preparations pour l’arrivée
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Avec Robert, comte de Flandre, ils partirent sous la conduite de Hugues, frère de Philippe, roi de France. Ils choisirent de passer par l’Italie et s’embarquèrent vers l’Orient. Mais l’hiver les surprit et ils furent contraints de passer la mauvaise saison en Calabre. Le prince Hugues, encore très jeune, trouvait l’attente trop longue ; il voulut partir pour Constantinople afin d’y préparer l’arrivée des autres…
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Nous découvrons ici un autre type de chef : un homme qui organise, prévoit, anticipe et prépare. C’est pourquoi ils choisissent une autre route. Non par orgueil, mais par sens pratique et par souci de l’ordre.À ce stade, l’arrivée de Godefroy de Bouillon est déjà en préparation.
Il s’agit ici de Robert, comte de Flandre, et de Hugues, le jeune frère du roi Philippe Ier de France. Au lieu d’emprunter une longue route terrestre incertaine, ils choisissent la voie maritime en passant par l’Italie. Lorsque l’hiver les surprend, ils décident avec sagesse de passer l’hiver en Calabre.
Hugues, jeune et impatient, supporte difficilement cette attente. Il décide donc de partir en avance vers Constantinople afin d’y préparer ce qui doit suivre. Constantinople est alors la porte entre l’Orient et l’Occident, la résidence de l’empereur Alexis, un centre diplomatique majeur et un axe logistique essentiel. Grâce à cette préparation, le désordre est évité : l’arrivée est organisée et l’autorité est reconnue. Il s’agit de préparer l’arrivée des grandes armées occidentales, parmi lesquelles figurent Godefroy de Bouillon et ses frères.
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de ses troupes, l’Empereur Alexius le receu, mais il le regarda comme un disciple pour lui, il le fit mettre aux arets avec toute sa suite. On voiois qui étoit le conducteur que Dieu avoit destinez Goffroi de Bouillon, à qui l’Empereur Henri peu de tems avant lui avoit donné la base Lorraine, qui étoit du coté du Brabant pour le defraier dans ce voiage et il avoit vendu la Comté de Bouil-
lionne
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Avec ses troupes, il fut reçu par l’empereur Alexis, mais celui-ci le considérait comme un subordonné. Il le fit donc placer sous surveillance avec toute sa suite. On vit alors clairement qui était le chef que Dieu avait destiné à cette mission : Godefroy de Bouillon, à qui l’empereur Henri avait, quelque temps auparavant, donné le duché de Lotharingie, voisin du Brabant, afin de lui permettre de supporter les frais de ce voyage. Il avait également vendu le comté de Bouillon.
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Hugues, le jeune frère du roi, est considéré comme un subordonné par l’empereur Alexis, qui le place sous surveillance avec toute sa suite. L’empereur Alexis reconnut que Godefroy avait une destinée divine ➤ noblesse et rang ≠ leadership ➤ Godefroy possédait des ressources, des terres et un statut. Il vendit son propre comté de Bouillon pour Dieu et pour cette croisade = un grand sacrifice personnel.
Sans aucun filet de sécurité. Sans aucune garantie ➤ C’est un engagement radical.
👆🏻Le serment de fidélité de Godefroy de Bouillon à l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène, à Constantinople en 1097, peint par Alexandre Hesse en 1842.
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Bouillonne à l’Evesque de Lutich et son Duché au Duc de Limbourg, et comme il étoit un homme de grand esprit on lui confia toutes la Noblesse et les plus braves troupes de la France et de la Flandre, ainsi que son armée étoit du nombre de 70000 à pied et 10000 à cheval, et peu de libertins il passa partout parce qu’il marchoit en bon ordre et payoit tout pour l’argent, il passa la Hongrie et la Bulgarie sans accident jus qu’à la frontière
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Il donna, ou céda, Bouillon à l’évêque de Liège et son duché au duc de Limbourg. Et parce qu’il était un homme de grand esprit, on lui confia toute la noblesse ainsi que les troupes les plus courageuses de France et de Flandre. Son armée comptait 70 000 hommes à pied et 10 000 à cheval. Il y avait très peu d’hommes indisciplinés parmi eux. Il pouvait passer partout, car il marchait en bon ordre et payait tout avec de l’argent. Ainsi, il traversa la Hongrie et la Bulgarie sans incident, jusqu’à la frontière.
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Ici, notre moine présente très consciemment Godefroy de Bouillon comme :
• « un homme de grand esprit » → non seulement courageux, mais également sage
• un homme à qui l’on confie la noblesse et les meilleures troupes
• non pas un chef de guerre brutal, mais une force qui établit l’ordre
Cela correspond parfaitement au contraste avec les précédentes croisades populaires : → chaos → pillage → destruction. Face à cela : →ordre → discipline → libre passage
La grande différence réside dans l’ordre et le paiement. Deux phrases sont ici essentielles : « il marchoit en bon ordre » et « il payoit tout pour l’argent ». Ce n’est pas un simple détail, mais une déclaration morale : il ne pille pas – il respecte les territoires étrangers – il maintient ses hommes sous contrôle.
C’est pourquoi : « il passa partout » → on le laisse passer → sans conflits ni effusion de sang. C’est exactement la leçon qui fut tirée de la croisade populaire.
Le mot libertins signifie ici :
• des individus incontrôlés
• des compagnons indisciplinés
• des éléments moralement peu fiables
L’auteur écrit explicitement : « peu de libertins » → l’armée de Godefroy est épurée, sélectionnée et maîtrisée.
Les chiffres, 70 000 + 10 000, présentent cette armée comme digne, légitime et tournée vers Dieu, contrairement aux débordements précédents. Dieu ne marche pas avec la foule la plus nombreuse, mais avec la fidélité la mieux ordonnée.
C’est précisément l’esprit dont naîtront plus tard :discipline monastique + obéissance chevaleresque + ordre sacré
➤ du désordre → vers la dignité
➤ de la masse populaire → vers le leadership
➤ du chaos → vers l’ordre sacré
👆🏻 Peinture représentant la vente de la forteresse de Bouillon à l’évêque de Liège. Elle est exposée dans la forteresse de Bouillon elle-même.
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de l’Empereur Grec, c’est là où il apris la triste nouvelle, que le Prince Hugue
etoit aux arets, alors il se resolut de piller les fauxbourgs de Constantinoples et de
mettre le siege devant la ville, l’Empereur Allexius se sentant pressé de pres il
remis le Prince hugue en liberté.
7ᵉ Convois comandé par Rocmundus Duc de Normandie de Tarento, avec ses
Italiens et Normans qui estoit du nombre de 10000 à
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Auprès de l’empereur grec, il reçut la triste nouvelle que le prince Hugues avait été emprisonné. Il décida alors de piller les faubourgs de Constantinople et d’assiéger la ville. L’empereur Alexis, se sentant directement menacé, fit remettre le prince Hugues en liberté.
Septième colonne, conduite par
Rocmundus, duc de Normandie et de Tarente, avec ses Italiens et ses Normands, au nombre de 10 000…
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Tensions entre l’Occident et l’Orient : l’alliance entre les croisés et Byzance est fragile. Godefroy apprend que Hugues est retenu prisonnier. (C’est ainsi que le texte est traduit, mais il s’agit plutôt d’une mise sous surveillance.) Cela est perçu comme une trahison, un abus de pouvoir et une injustice commise envers un prince chrétien.
La réaction de Godefroy est menaçante : pillage des faubourgs et siège de Constantinople. C’est extrême — il s’agit d’une ville chrétienne.
Le pragmatisme d’Alexis : l’empereur Alexis Ier Comnène est présenté ici comme perspicace, politiquement réaliste et prêt à éviter le conflit lorsque cela est nécessaire. Il sent qu’il est « pressé de près » → La menace est réelle → La situation peut dégénérer. Sa solution n’est pas militaire, mais diplomatique : Hugues est libéré. C’est typique de l’art politique byzantin : ni question d’honneur ni fierté chevaleresque — la stabilité passe avant tout.
Godefroy comme gardien des limites : il menace, mais ne pille pas réellement la ville. Godefroy protège les siens, mais ne franchit pas la limite sacrée → Il impose la justice → sans provoquer de dommages irréparables. C’est ainsi que Godefroy apparaît ici : comme un chef juste, et non comme un seigneur de guerre téméraire.
Le « 7e convoi » change de nouveau le ton : de la diplomatie, de la menace et de la tension impériale, nous passons à une structure militaire, à de nouveaux chefs et à des armées clairement définies. Rocmundus, duc de Normandie et de Tarente, désigne ici Bohémond de Tarente, fils de Robert Guiscard. Il est l’un des chefs militaires les plus expérimentés de la croisade. Son apparition annonce : → la professionnalisation de la guerre → de véritables batailles → une réflexion stratégique. Italiens + Normands → Normands d’Italie du Sud → aguerris par la guerre. En une phrase : tensions entre puissances chrétiennes + autorité morale de Godefroy + diplomatie byzantine + arrivée de Bohémond. Tout est désormais prêt pour la véritable phase militaire de la croisade.
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cheval, et 15000 à pied ils partirent par eaux dans le païs de grecs. 8ᵉ Convois par Raimond Comte de Toulouse qui avoit des troupes de la Lombardie Gascogne, et de la Toulouse avec des Espagnols plus de
100000 hommes et il prit son chemin par la Lombardie et la Dalmatie. 9ᵉ et dernier convoi étoit composé de la Noblesse
françoise qui étoit pour la conduite du Prince Hugue en
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à cheval, et 15 000 à pied ; ils partirent par mer vers le pays des Grecs. Huitième colonne, sous la conduite de Raymond, comte de Toulouse, qui avait des troupes venues de Lombardie, de Gascogne et de Toulouse, ainsi que des Espagnols — plus de 100 000 hommes. Il prit sa route par la Lombardie et la Dalmatie. La neuvième et dernière colonne était composée de la noblesse française, destinée à être placée sous le commandement du prince Hugues…
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Logistique : la voie maritime fut choisie délibérément. La tentative précédente par voie terrestre avait été catastrophique. Les hommes, aussi bien à cheval qu’à pied, gagnèrent le territoire byzantin par mer. C’était un choix conscient visant à répartir les risques et à tirer les leçons des erreurs précédentes : le trajet terrestre avait entraîné famine et pillages. Ce n’est plus une pieuse procession, mais un déplacement organisé.
Raymond de Toulouse, le contrepoids méridional, apparaît ici comme le chef des forces du sud de l’Europe : Lombardie – Gascogne – Toulouse – Espagne. Il commande donc une armée de composition internationale. Important : Raymond était plus âgé, expérimenté, politiquement influent et profondément religieux, mais moins idéaliste que Godefroy. Il représente la constance et la puissance du nombre.
La route : Lombardie et Dalmatie → passages sûrs et connus → approvisionnement contrôlable → soutien maritime. C’est tout l’opposé de la Croisade populaire : non plus l’impulsion, mais la planification.
La 9e colonne : la noblesse française et le prince Hugues. Le passage est très subtil et important :
« composée de la Noblesse françoise ». Il ne s’agit donc : → ni d’une armée populaire → ni d’une foule religieuse → mais d’une élite concentrée.
Le fait que cette colonne soit liée au prince Hugues restaure son honneur après l’incident précédent et le rend de nouveau visible en tant que chef. Mais cette fois au sein d’un collectif de nobles, et non comme figure isolée. Hugues est porté par une structure, et non par l’impulsion. Toutes les colonnes ont désormais été nommées. Chaque région possède son chef. Chaque itinéraire est réfléchi. Chaque erreur précédente a été corrigée.
Nous nous trouvons maintenant au seuil de : 👉 la véritable Première Croisade en tant que réalité militaire.
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Italie en quartier d’hyver qui furent commandé par Robert Duc de Normandie, poursuivirent leur chemin droite à
Constantinople, et comme ils y furent arrivé, alors Goffroi fit l’accomodement avec l’Empereur Alexis en lui proposant
qu’il n’avoit pas de la canaille dans ses troupes comme Pierre l’hermite, et que c’étoit tous des braves gens qu’il conduisoit, alors l’Empereur Alexius qui étoit bien embarrassé de voir une si formidable armée de
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En Italie, ils prirent leurs quartiers d’hiver ; ils étaient sous le commandement de Robert, duc de Normandie. Ils poursuivirent ensuite leur route directement vers Constantinople. Lorsqu’ils y arrivèrent, Godefroy conclut un arrangement avec l’empereur Alexis, en lui faisant valoir qu’il n’y avait pas de canaille parmi ses troupes, comme cela avait été le cas avec Pierre l’Ermite, mais qu’il ne commandait que des hommes courageux. L’empereur Alexis, très embarrassé à la vue d’une armée aussi formidable de…
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Quartiers d’hiver = art militaire mûr. Ils évitent l’épuisement, préservent la discipline et témoignent d’une patience stratégique. C’est un leadership professionnel, et non une hâte pieuse.
Godefroy en diplomate. « Goffroi fit l’accomodement avec l’Empereur Alexis. » Godefroy : choisit la négociation, et non la contrainte ; souligne explicitement la différence avec Pierre l’Ermite; défend la qualité morale de son armée. C’est de la rhétorique, mais aussi une réalité: pas de foule incontrôlée + pas de débauche + pas de frénésie religieuse → C’est l’ordre, l’honneur et la discipline.
« Pas de la canaille » → Godefroy prend ici délibérément ses distances avec: les échecs antérieurs;
les croisades ayant moralement déraillé. En réalité, Godefroy dit: « Je n’apporte pas le chaos, mais la responsabilité. »
L’empereur Alexis est « bien embarrassé ». Pas en colère. Pas hostile. Mais inquiet. Il voit: une puissance immense; bien organisée; motivée par la religion; qui n’est pas sous son contrôle. Cela rend ce moment historiquement explosif. Godefroy est la figure centrale.
Il réunit: l’autorité militaire; la supériorité morale; la maîtrise diplomatique. C’est ce type de leadership dont naîtra plus tard l’ordre monastique et militaire: les Templiers.
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devant la porte de la ville, et quie la craignoit bien plus que celle du grand Turc il fit une alliance autant qu’il put avec Goffroi
de bouillon et lui promis de lui fournir des provisions de bouche autant qu’il en pourroit fournir afin qu’il arrive heureusement à leur sainte entreprise et de plus qu’il assembleroit une armée et qu’il la conduiroit lui même en personne, et qu’il les iroit rejoindre pour les assister à reprendre les Villes qui sont sous la puissance des Turques
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Devant les portes de la ville ; et parce qu’il craignait cette puissance davantage que celle du Grand Turc, il conclut, autant qu’il le put, une alliance avec Godefroy de Bouillon, et lui promit de lui fournir des vivres, autant qu’il pourrait en procurer, afin qu’il puisse parvenir heureusement à leur sainte entreprise. De plus, il promit de rassembler une armée, de la conduire personnellement et de se joindre à eux afin de les aider à reprendre les villes qui se trouvaient sous la domination des Turcs.
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L’empereur Alexis connaît les Turcs: leur foi musulmane; leurs tactiques; leurs guerres; leurs frontières. Il voit l’armée de Godefroy: elle est chrétienne, occidentale, immense,
extrêmement disciplinée ET elle se tient devant ses portes. MAIS ce n’est pas une armée quelconque. Pas seulement en raison des qualités qui viennent d’être mentionnées, mais aussi parce que cette armée est davantage un partenaire sur un pied d’égalité, par son objectif et sa piété: rétablir la puissance chrétienne dans les territoires conquis par les musulmans.
L’empereur Alexis conclut donc une alliance avec Godefroy. Il le fait de trois manières:
1. Il approvisionne Godefroy
→ la nourriture = le pouvoir
→ celui qui nourrit exerce une influence
2. Il le lie à un objectif commun
→ « leur sainte entreprise »
→ Jérusalem, et non Constantinople
3. Il promet de participer personnellement
→ il ne se contente pas d’envoyer des troupes
→ il engage son honneur impérial
C’est de la diplomatie au plus haut niveau. Et pourquoi Godefroy plutôt que les autres ? → Godefroy n’est pas un pillard → Il maintient l’ordre → Il écoute → Il négocie → Il possède une autorité morale.
L’empereur Alexis comprend: S’il y a quelqu’un en qui je peux avoir confiance, c’est lui. Mais aussi: s’il y a quelqu’un que je dois absolument lier à moi, c’est lui.
Voilà précisément pourquoi Godefroy.
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qui appartiennent au Royaume me de Jerusalem au benefice de la Croisade mesme il en fit serment, mais le Comte Raimond de Toulouse ne voulut pas ajouter foi à ce serment c’est pourquoi l’Empereur Alexius tomba de nuit dans son Camp et ruina ses troupes mais les troupes de Raimond
se sont si bien tenu qu’ils ont repousser les grecs.
l’an 1097 l’on fit la premiere entreprise, et c’étoit presque tous des françois, il mit le
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Ils devaient appartenir au Royaume de Jérusalem, au bénéfice de la Croisade ; il en fit même le serment. Mais le comte Raymond de Toulouse ne voulut pas se fier à ce serment. C’est pourquoi l’empereur Alexis attaqua son camp pendant la nuit et dispersa ses troupes. Mais les troupes de Raymond résistèrent si bien qu’elles repoussèrent les Grecs. En l’an 1097 commença la première entreprise, et ils étaient presque tous Français ; il plaça les…
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Les chefs croisés – Godefroy, Bohémond de Tarente, Robert de Normandie, Étienne de Blois et Raymond de Toulouse – devaient prêter serment à l’empereur Alexis : si des territoires autrefois byzantins étaient reconquis, ils seraient replacés sous l’autorité byzantine. Cela concernait notamment Nicée, des villes d’Asie Mineure et d’anciennes provinces byzantines. Raymond de Toulouse ne prêta le serment que partiellement et sous réserve. Il se méfiait d’Alexis.
L’empereur Alexis lança une attaque nocturne contre le camp de Raymond afin de faire pression sur lui. Il s’agissait d’une démonstration de force et d’un avertissement. Mais Raymond resta discipliné, ne laissa pas la situation dégénérer, maintint l’ordre parmi ses troupes et repoussa les Grecs.
Nous voyons ici clairement les tensions entre : * l’Orient et l’Occident * Rome et Byzance * le serment et la conscience * l’ordre et la manipulation politique.
Ce que nous apprenons : toute puissance chrétienne n’agit pas nécessairement avec justice, et tout refus n’est pas nécessairement de la désobéissance.
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Siège devant Nicée, Ville Capitale des Turcs qui est en Bithanie, c’est là où la plus grande partie de l’armée s’assembla, et elle étoit du nombre de 60000 hommes à pied, et 10000 à cheval, s’en compter femmes et enfants et voleurs, coquins, prêtres et valets. Cette Ville se défendit vigoureusement pendant 52 jours, l’Empereur Soliment junior y voulut aussi mettre une
garnison de 40000 hommes mais il fut repoussé avec…
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Siège de Nicée, capitale des Turcs, située en Bithynie. La plus grande partie de l’armée s’y rassembla, comptant environ 60 000 hommes à pied et 10 000 à cheval, sans compter les femmes et les enfants, les voleurs, les vauriens, les prêtres et les serviteurs. Cette ville se défendit vigoureusement pendant 52 jours. L’empereur Soliman le Jeune voulut également y faire entrer une garnison de 40 000 hommes, mais il fut repoussé avec…
👆🏻 Bataille de Nicée, de mai à juin 1097
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Nicée – l’actuelle İznik – marque le véritable début de la Première Croisade. Nicée était la capitale des Turcs seldjoukides. Depuis 1081, la ville était aux mains des Turcs. Pour l’empereur Alexis, elle avait donc une importance symbolique, stratégique et existentielle. Nicée fut la première grande opération commune menée par Byzance et les croisés occidentaux : l’empereur Alexis aux côtés de Godefroy et des autres chefs. L’armée comptait 60 000 fantassins et 10 000 cavaliers.
Le siège dura 52 jours, de mai à juin 1097, soit environ sept semaines. Nicée possédait de solides murailles, se trouvait au bord d’un lac et pouvait être ravitaillée par voie d’eau. C’est pourquoi la ville put résister aussi longtemps. Le sultan Kilij Arslan tenta encore de secourir Nicée et d’y faire entrer des renforts, mais il échoua et fut repoussé.
Ce fut la première grande victoire de la Première Croisade.
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Vaincus par plusieurs reprises et il perdit d’une attaque 4000 hommes, donc l’on jetta les têtes de ces Barbares dans
la Ville pour effraier les habitans, après avoir fait breche la Ville se rendit, et toute la garnison, mais l’épouse de
Soliman et ses enfants furent mis en discretion non pas aux françois, mais à l’Empereur Alexius qui s’i avoit trouvé
en personne. Après la prise de la Ville de…
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Plusieurs fois vaincu, il perdit 4 000 hommes lors d’une attaque. C’est pourquoi on jeta les têtes de ces barbares dans la ville afin d’effrayer les habitants. Après qu’une brèche eut été ouverte, la ville se rendit, ainsi que toute la garnison. Mais l’épouse de Soliman et ses enfants furent placés sous la protection — non pas des Français, mais de l’empereur Alexis, qui était personnellement présent sur place. Après la prise de la ville de…
✠ Le siège de Nicée en 1097 fut la première grande opération militaire menée conjointement lors de la Première Croisade ✠
✠ Ce siège est expliqué dans la rubrique Batailles, sous Histoire ✠
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Point important de cette page : la famille de Soliman fut placée sous la protection de l’empereur Alexis ➤ Nicée est conquise grâce à un effort militaire commun, mais l’empereur Alexis veille personnellement, par des accords conclus à huis clos, à ce que la ville revienne à Byzance — ce qui est perçu en Europe occidentale comme une profonde rupture de confiance ➤ les Français sont tenus à l’écart, ce qui suffit à justifier leur méfiance.
Raymond de Toulouse voit sa méfiance confirmée.
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Nisée ils continuèrent leur route du côté de la Syrie, mais comme l’armée étoit trop grande ils furent obligé de se sépa-
rer en deux Corps d’armée, l’un commandé Goffroi et l’autre Boemundus qui soutenoient la droite et l’autre la gauche en chemin Boemund dus fut attaqué des turcs, dans la vallée de Gorgonie, et comme les turcs étoient plus puissant en Cavaleries que
l’armée de la Croisade ils
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Après Nicée, ils poursuivirent leur route en direction de la Syrie. Mais comme l’armée était trop importante, ils furent contraints de se diviser en deux corps d’armée : l’un sous le commandement de Godefroy, l’autre sous celui de Bohémond, l’un tenant le côté droit de la marche et l’autre le côté gauche. En chemin, Bohémond fut attaqué par les Turcs dans la vallée de Gorgonie. Et comme les Turcs étaient supérieurs en cavalerie à l’armée de la Croisade, ils…
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Nisée = Nicée (ancienne orthographe)
Boemundus = Bohémond de Tarente
Gorgonie = Dorylée (nom ancien/confus dans ce manuscrit)
Nicée est désormais derrière eux. L’alliance avec l’empereur Alexis prend fin ; celui-ci repart. Les croisés poursuivent leur route de manière indépendante, en direction de la Syrie, vers Jérusalem.
L’armée se divise en raison de sa grande taille. Il s’agit d’une nécessité militaire : nécessité et ordre. Une partie est placée sous le commandement de Godefroy : organisateur, soutien et stabilisateur. L’autre est placée sous le commandement de Bohémond : offensif, fin stratège militaire et habitué à combattre les Turcs. Bohémond marche en tête et est attaqué par les Turcs/Seldjoukides, avec leur cavalerie rapide, leurs manœuvres d’encerclement, leurs tactiques d’attaque et de repli (hit-and-run) et leur habileté.
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les mirent en peine, mais Gottfroi apris cette nouvelle vint au secours avec son aile
droite, ils ont repousser les turcs à leurs désavantage, car ils ont quitté et abandonné
leur camp, cependant il y resta des franconiens 3000 hommes sur la place, ce combat fit un très grand effet, car toutes les
petites Villes se sont rendues et même la Ville d’Antioche qui ne fit aucune resistance,
c’est là que Gottfroi s’a trouvé dans un grand danger, en
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Ils les mirent dans une grande détresse, mais Godefroy, ayant appris cette nouvelle, vint à leur secours avec son aile droite. Ils repoussèrent les Turcs, à leur détriment, car ceux-ci abandonnèrent leur camp et le laissèrent derrière eux. Néanmoins, 3 000 Francs restèrent sur place. Cette bataille eut un très grand effet, car toutes les petites villes se rendirent, et même la ville d’Antioche n’opposa aucune résistance. C’est là que Godefroy se trouva en grand danger, dans…
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Ils les mirent dans une grande détresse, mais Godefroy, ayant appris cette nouvelle, vint à leur secours avec son aile droite. Ils repoussèrent les Turcs, à leur détriment, car ceux-ci abandonnèrent leur camp et le laissèrent derrière eux. Néanmoins, 3 000 Francs restèrent sur place.
Cette bataille eut un très grand effet, car toutes les petites villes se rendirent, et même la ville d’Antioche n’opposa aucune résistance.
C’est là que Godefroy se trouva en grand danger, dans…
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passant dans un bois seul il vit un Soldat, qui voulut couper du bois fut attaqué d’un Ours il voulut le secourir, quand l’Ours le vit venir
se jetta sur lui, et l’aracha enbas du Cheval: mais par bonheur il put encor se servir de son Sabre il en donna un si grand coup à la tête qu’il la clefa à mort. Alors il se tira d’embaras, mais ce fut en tombant qu’il se fit une blessure mortelle, cependant.
Beaudoin son frere s’avança,
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Alors qu’il traversait seul une forêt, il vit un soldat qui voulait couper du bois et qui fut attaqué par un ours. Il voulut se porter à son secours, mais lorsque l’ours le vit approcher, il se jeta sur lui et l’arracha de son cheval. Heureusement, il pouvait encore se servir de son sabre. Il donna à l’ours un coup si violent à la tête qu’il le blessa mortellement. Il parvint ainsi à se délivrer du danger, mais dans sa chute, il reçut lui-même une blessure mortelle.
Pendant ce temps, son frère Baudouin avançait…
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Godefroy de Bouillon traverse seul une forêt. Non pas comme chef de guerre, non pas entouré de ses chevaliers, mais simplement comme un homme. Là, il voit un soldat qui veut couper du bois et qui est soudain attaqué par un ours. Godefroy n’hésite pas. Il veut se porter au secours du soldat. Mais dès que l’ours le voit approcher, le danger se retourne contre lui. L’animal se jette sur Godefroy et l’arrache de son cheval.
Pourtant, Godefroy l’emporte. Même à terre, il parvient à se servir de son sabre. D’un coup décisif, il blesse mortellement l’ours. Dans sa chute, Godefroy est lui-même mortellement blessé. Il échappe au danger immédiat, mais son corps paie le prix de ce que son âme et son devoir l’ont poussé à faire. Le véritable leadership protège les autres, mais ne s’épargne pas lui-même.
À ce moment-là apparaît son frère, Baudouin de Boulogne — le futur roi de Jérusalem.
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toujours avec ses troupes et s’attira de la gloire par ses victoires, il conquit le grand
Duché d’Essa, qui est d’une si grande renommée; il le garda pour lui, parce qu’il
est de la dépendance de la Mesopotamie, et se nomma Orsa.
Alors on fit le siege d’Antioche, qui est la Capitale de Sirie, mais par malheur le
Duc Gottfroi et le Comte Raimon de Toulouse devins malade et l’armée des chretiens
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…toujours avec ses troupes, et il acquit de la renommée par ses victoires. Il conquit le grand duché d’Édesse, qui jouissait d’une grande renommée. Il le conserva pour lui-même, parce qu’il relevait de la Mésopotamie,
et se fit appeler Orsa.
Ensuite commença le siège d’Antioche, capitale de la Syrie. Mais malheureusement, le duc Godefroy et le comte
Raymond de Toulouse tombèrent malades, et l’armée des chrétiens…
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Après le sauvetage dans la forêt et la blessure qui laisse Godefroy affaibli, le centre de gravité du récit se déplace définitivement. L’auteur suit désormais Baudouin de Boulogne, qui avance sans relâche avec ses troupes et se fait un nom grâce à ses victoires. Non pas comme remplaçant, mais comme chef indépendant.
Sa plus grande action dans cette phase est la conquête d’Édesse. L’auteur la qualifie de « grand duché », célèbre et stratégiquement situé. Le fait que Baudouin garde le territoire pour lui-même n’est pas condamné, mais expliqué : Édesse se situe aux confins de la Mésopotamie, bien au-delà de la zone centrale de la croisade vers Jérusalem. Il ne s’agit pas d’une scission dictée par l’ambition, mais de l’établissement délibéré d’un pouvoir chrétien dans une région frontalière vulnérable.
Baudouin devient ainsi comte — Orsa — et le premier État croisé voit le jour. La croisade prend ici, pour la première fois, une forme politique durable.
Ensuite, le récit revient à l’objectif commun : le siège d’Antioche, capitale de la Syrie et l’un des obstacles les plus redoutables sur la route de Jérusalem. Mais c’est précisément là que le malheur frappe. Godefroy de Bouillon et Raymond de Toulouse tombent tous deux malades.
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a été diminué, tant par les garnisons et par la désertion et maladie, et ceux que l’on
avoit perdu dans les Batailles qu’elle n’étoit plus que de 30000 hommes à pied et de 1000 hommes à cheval et Antioche étoit une des plus forte Ville de l’orient et elle
avoit une armée entiere pour garnison, les provisions commencerent à manquer dans
notre armée, la maladie et la famine commença a y regner si la permission de Dieu
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avait tellement diminué, tant à cause des
garnisons qu’il avait fallu laisser derrière soi que de la désertion et de la maladie, ainsi que de ceux qui avaient été perdus dans les batailles, que l’armée ne comptait plus que 30 000 hommes à pied et 1 000 cavaliers. Antioche était en outre l’une des villes les plus fortes de l’Orient et disposait d’une armée entière comme garnison. Les provisions commencèrent à manquer dans notre armée, et la maladie et la famine commencèrent à y régner,
si la permission de Dieu…
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L’armée chrétienne, autrefois immense et impressionnante, s’est peu à peu érodée — non seulement par les combats, mais aussi par la nécessité de laisser des garnisons derrière elle, par la maladie, la désertion et l’épuisement. Il ne reste plus qu’un noyau de forces : considérable, mais vulnérable.
Face à cette armée qui s’amenuise se dresse Antioche, l’une des villes les plus puissamment fortifiées de l’Orient, dotée d’une garnison complète et d’abondants moyens de défense. Le contraste est saisissant : hors des murs, la faim augmente ; à l’intérieur, la force demeure.
La faim et la maladie ne sont pas seulement présentées comme un problème logistique, mais comme une épreuve. La phrase s’interrompt sur « si la permission de Dieu… » — un moment classique dans l’historiographie du XVIIe siècle. La suite ne dépendra pas seulement des armes, mais de la permission divine.
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Il n’étoit pas survenue deux flottes une de Pise et l’autre de Venise, et de Gênes qui ont
amenés des provisions. Pierre l’hermite, qui étoit l’auteur de la guerre voyant qu’il n’avoit plus rien que des légumes lui qui étoit
accoutumé de jeûner dans son Ermitage voulut quitter l’armée et s’en retourner si la Noblesse ne l’avoit retenuë; comme les troupes alloient à la provision sur les bateaux les turcs firent
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S’il n’était pas arrivé deux flottes, l’une de Pise et l’autre de Venise et de Gênes, apportant des provisions. Pierre l’Ermite, qui était à l’origine de la guerre, constata qu’il ne lui restait plus que des légumes. Bien qu’il fût habitué à jeûner durant sa vie d’ermite, il voulut quitter l’armée et s’en retourner, si la noblesse ne l’en avait empêché. Pendant que les troupes se rendaient aux navires pour chercher des provisions, les Turcs…
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L’armée chrétienne devant Antioche est au bord de l’effondrement. Non pas par manque de courage, mais par manque de nourriture. Seule l’arrivée de deux lignes de ravitaillement maritimes — venues de Pise, de Venise et de Gênes — permet d’éviter la catastrophe. Ce n’est pas un hasard, mais une constatation silencieuse : sans logistique, pas de guerre sainte.
Pierre l’Ermite est de nouveau présenté comme « celui qui a mis la guerre en mouvement » — non comme un titre honorifique, mais comme un constat. Et c’est précisément lui, l’homme du jeûne et de la solitude, qui atteint sa limite. Les légumes ne lui posent aucun problème ; il est habitué au renoncement. Mais une armée ne peut pas vivre comme un ermite.
Pierre veut partir. Retourner à son ermitage. S’éloigner du chaos qu’il a lui-même contribué à déclencher. Moment moral important : la noblesse le retient. Non pas parce qu’il est militairement indispensable — il ne l’est pas — mais parce qu’il n’est plus possible de fuir ses responsabilités. Celui qui allume le feu ne peut pas s’en aller lorsqu’il brûle.
En même temps, la menace se rapproche déjà : tandis que les troupes cherchent de la nourriture près des forteresses, les Turcs réagissent. La faim force au mouvement, et le mouvement provoque la contre-attaque.
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des sortis, mais ils furent repousse, il arriva qu’un turc fort grand et puissant se lança jusqu’au bout de l’armée, mais Gottfroi fit voir par cette occasion aux yeux de toute l’armée sa valeur; il
tira son sabre et coupa ce turc en deux morceaux, depuis l’épaule jusqu’à la hanche le Siege a duré 7. mois, et un chacun se désesperoit par rapport que le Sultan de Perse
étoit venu au secour de la ville avec une armée de 650000 h.
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firent une sortie, mais ils furent repoussés. Il arriva alors qu’un Turc, grand et puissant, s’avança jusqu’à l’extrémité de l’armée. Mais Godefroy montra, à cette occasion, son courage aux yeux de toute l’armée : il tira son sabre et fendit ce Turc en deux, de l’épaule jusqu’à la hanche. Le siège dura sept mois, et chacun commença à désespérer, car le sultan de Perse était venu au secours de la ville avec une armée de 650 000 hommes.
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Après des mois de faim, de maladie et d’épuisement, le siège d’Antioche entre dans une phase décisive. Les défenseurs effectuent des sorties, tentatives désespérées pour briser le siège. Les croisés les repoussent, mais la tension monte lorsqu’un gigantesque guerrier turc s’aventure profondément dans les lignes.
À ce moment-là, Godefroy de Bouillon s’avance. Non pas comme un commandant qui observe à distance, mais comme le protecteur physique de l’armée. Sous les yeux de tous, il tire son sabre et abat l’assaillant d’un seul coup dévastateur — de l’épaule jusqu’à la hanche.
La scène est clairement exemplaire. Il ne s’agit pas du récit d’un duel pour le duel lui-même, mais d’un point d’ancrage moral : au moment où l’armée menace de céder, Godefroy montre ce que signifie la fermeté. Son acte est destiné à être vu.
Pourtant, la menace revient immédiatement. Le siège se prolonge — sept mois — et le désespoir grandit lorsque parvient la nouvelle que le « sultan de Perse » est en route avec une immense armée pour secourir Antioche. L’auteur amplifie les chiffres afin de renforcer l’effet : c’est le moment où tout semble perdu.
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mais Dieu assista la Chrétienté et inspira un capitaine de la Ville qui avoit été de la religion et de plus il étoit grande amis de Boëmondus
Duc de Tarento Commandant dans une tour au dessus d’une porte de la Ville, et lui donna avis
de la faire monter dans la tour par des cordages faites en echelle, il y monta lui et ses troupes
la nuit, là où il ouvrit la porte de la Ville, et donna
par là aisance, à l’armée d’y pouvoir entré; l’on ne sauroit…
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Mais Dieu vint en aide à la chrétienté et inspira un capitaine de la ville, qui avait autrefois appartenu à la religion chrétienne et qui, de plus, était un bon ami de Bohémond, duc de Tarente. Ce capitaine commandait une tour située au-dessus de l’une des portes de la ville et fit savoir à Bohémond qu’il pouvait escalader la tour au moyen de cordes disposées comme une échelle. Bohémond y monta de nuit avec ses troupes. Là, il ouvrit la porte de la ville et permit ainsi à l’armée d’y entrer ; on ne saurait…
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contenu
Lorsque tout semble perdu — lorsque la faim, la maladie et l’épuisement menacent de briser l’armée chrétienne — le cours des événements change, non par la violence, mais par une intervention venue d’en haut.
Dieu lui-même vient alors en aide aux chrétiens. Non par un miracle dans le ciel, mais en touchant le cœur et l’esprit d’un homme à l’intérieur des murailles d’Antioche. Il s’agit d’un capitaine de la ville, autrefois lui-même chrétien, et de plus un bon ami de Bohémond, duc de Tarente. Cet homme commande une tour qui domine l’une des portes de la ville — un emplacement d’une importance considérable. En secret, il fait savoir à Bohémond ce qui est possible. La tour peut être escaladée de nuit, non par la porte, mais au moyen de cordes fixées comme des échelles. Le plan est simple, mais dangereux. Et c’est précisément en cela que l’auteur voit la conduite de Dieu.
Cette même nuit, Bohémond, accompagné de ses hommes, escalade la tour. Dans l’obscurité, ils ouvrent la porte d’Antioche. Ce qui semblait impossible depuis des mois se produit en un instant : la ville est ouverte. Par cette brèche, l’armée épuisée obtient enfin accès à la ville.
C’est le moment où le désespoir se transforme en espoir et où il devient clair que — malgré tout — Dieu n’a pas abandonné la conduite des événements.
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Croire le carnage et la barbarie que les Chretiens firent dans cette Ville, c’est là où ils firent voir leur brutalité, mais ils furent puni de Dieu, peu de temps apres, car ils netoient pas encor posté, ny ils navoient pas pris encor possession du chateau qu’un General de Perse nommé Corbogathe vient avec son armée, et il investit la Ville aussi fortement qu’eux, et quand ils ont assiegé les turcs, c’est là qu’ils furent bien embarassé, car ils n’avoient plus de provisions
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On peut à peine imaginer le carnage et la barbarie que les chrétiens commirent dans cette ville. C’est là qu’ils montrèrent leur cruauté. Mais peu de temps après, ils furent punis par Dieu, car ils n’avaient même pas encore solidement établi leurs positions ni pris possession du château lorsqu’un général perse, nommé Corbogathe, arriva avec son armée. Il encercla la ville avec autant de force qu’eux-mêmes l’avaient fait. Et après avoir assiégé les Turcs, ils se trouvèrent à leur tour dans une situation extrêmement difficile, car ils n’avaient plus de provisions.
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contenu
La prise d’Antioche n’est pas un triomphe, mais un avertissement. Les chrétiens commettent un massacre. Ils montrent une cruauté injustifiable et se laissent emporter par la violence. Ce n’est pas un moment héroïque, mais un dérapage. Là où il était auparavant question de conduite divine, il est désormais question de condamnation morale.
La rétribution ne tarde pas. Avant même que les chrétiens puissent s’établir, avant même qu’ils aient pris le château et réellement possession de la ville, le malheur frappe. De Perse surgit un nouvel ennemi : Kerbogha de Mossoul, appelé ici Corbogathe. Avec son armée, il encercle Antioche avec la même détermination que celle avec laquelle les chrétiens l’avaient eux-mêmes assiégée.
Les rôles sont inversés. Ceux qui, quelques instants auparavant, étaient les assiégeants se retrouvent maintenant eux-mêmes enfermés. Et c’est alors que l’on voit à quel point leur victoire est fragile. La ville a été conquise, mais elle n’a pas été sécurisée. Les provisions sont épuisées. La faim et la peur reviennent, cette fois de l’intérieur. Il apparaît clairement qu’une victoire sans mesure, sans maîtrise de soi et sans humilité finit par se retourner contre le vainqueur. Antioche redevient un lieu d’épreuve — non à cause des murailles ou des armes, mais par le manque, la culpabilité et le châtiment divin.
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tous etoient consumée, l’on s’a tendoit a une famine aussi grande que celle de jerusalem, ils contoient tous d’être perdu, mais par bonheur que l’Empereur alexeius en recu des
nouvelles, il se mit en chemin pour les secourir avec une armée de 40000 hommes, mais aussitôt qu’il aprit qu’ils etoient tenue de près, et qu’ils n’avoient plus de vivre cette triste nouvelle le fit retourner a Constantinople… A la fin
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Tout avait été épuisé et l’on s’attendait à une famine aussi terrible que celle de Jérusalem. Tous se croyaient perdus. Mais heureusement, l’empereur Alexis en fut informé et se mit en route pour leur venir en aide avec une armée de 40 000 hommes. Mais dès qu’il apprit qu’ils étaient dans une situation extrêmement difficile et qu’ils n’avaient plus de vivres, cette triste nouvelle le poussa à retourner à Constantinople. ….Enfin…
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La situation à l’intérieur d’Antioche atteint désormais son point le plus bas.
La victoire a été consumée. Les réserves sont épuisées. Les hommes sont exténués jusqu’à l’os. Dans le camp règne la conviction que la fin est proche — une famine aussi terrible que celle de Jérusalem paraît inévitable. Personne n’espère encore de secours ; tous se considèrent comme perdus.
Puis, de l’extérieur, apparaît de nouveau une petite lueur d’espoir. Alexis Ier Comnène, empereur de Constantinople, reçoit des nouvelles de la détresse dans laquelle se trouve l’armée. Il décide de leur venir en aide et avance avec une armée de quarante mille hommes. Pendant un instant, il semble que la promesse qu’il avait faite auparavant sera finalement tenue. Mais cet espoir est de courte durée.
Lorsque Alexis apprend à quel point la situation est réellement critique — que la ville est entièrement encerclée et qu’il n’y a plus de nourriture — le doute s’installe. Cette nouvelle brise sa détermination. Au lieu de poursuivre sa route, l’empereur fait demi-tour et se retire vers Constantinople.
Pour les chrétiens d’Antioche, c’est un nouveau coup. Non seulement ils sont encerclés et affamés, mais l’aide qu’ils attendaient leur échappe désormais. La ville devient un piège, et le salut qu’ils espéraient disparaît à l’horizon.
Chez Alexis Ier Comnène, politique, intérêt personnel et foi s’entremêlent, mais le cœur de la question reste stratégique.
Pourquoi Alexis était parti :
Alexis avait plusieurs raisons à la fois :
1. L’intérêt impérial — la raison principale
Antioche se trouvait officiellement dans la sphère d’influence byzantine.
Alexis avait conclu des accords avec les croisés :
👉🏻les villes reconquises sur les Turcs devaient, en principe, être restituées à l’Empire.
Si Antioche tombait, il devait être présent pour renforcer cette revendication — surtout face à Bohémond.
2. Le contrôle des croisés
Une armée latine indépendante et victorieuse en Syrie représentait un danger pour lui.
Sa présence signifiait :
* surveillance
* équilibre des forces
* empêcher quelqu’un — Bohémond ! — de garder Antioche pour lui-même.
3. Une alliance, pas de la charité
Il ne se considérait pas comme le « sauveur des chevaliers occidentaux », mais plutôt comme :
* un allié tant que cela servait ses intérêts
* un empereur qui voulait récupérer ses territoires perdus sans devoir faire lui-même le sale travail.
4. La religion jouait un rôle — mais secondaire
Alexis était chrétien et se sentait responsable de l’Orient, mais sa foi suivait la politique, et non l’inverse.
Pourquoi il fit demi-tour :
Et c’est ici que les choses deviennent douloureusement claires. Lorsqu’il apprit :
il ne vit plus aucun avantage, seulement des risques. 👉🏻Pour Alexis, continuer signifiait :
En résumé : Alexis était parti par intérêt personnel, afin de préserver son pouvoir et d’empêcher Antioche de tomber entre les mains de Bohémond. Il revint sur ses pas parce que le risque militaire était devenu trop grand et que le bénéfice restait incertain.
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il s’éleva deux Ermites de Marsal nommé Etienne et Pierre qui ont representé aux peuples
qu’ils ont eu une revelation de Dieu qui prometoit la victoire aux chretiens pourvu qu’ils
fassent penitence. Pour certifier la prediction Pierre dit allors aux peuples allé dans l’église de St Pierre, et ils leurs montra l’endroit, et ils leurs dit Creuses, et vous trouverez ici la lance dont le Sacré côté de Jesus Christ à été ouvert,
Comme de vrai, ils ont trouvé
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Alors deux ermites venus de Marsal, nommés Étienne et Pierre, se présentèrent. Ils dirent au peuple qu’ils avaient reçu une révélation de Dieu, dans laquelle Il promettait la victoire aux chrétiens, à condition qu’ils fassent pénitence. Pour confirmer cette prédiction, Pierre dit au peuple qu’il fallait se rendre à l’église Saint-Pierre. Là, il leur montra l’endroit et dit : « Creusez ici, et vous trouverez la lance avec laquelle le côté sacré de Jésus-Christ fut ouvert. » Et en effet, ils trouvèrent…
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Lorsque tout espoir humain est épuisé, une autre forme de salut apparaît — ou du moins, c’est ainsi qu’elle est présentée. Du milieu de l’armée surgissent deux ermites, originaires de Marseille : Étienne et Pierre. Ils déclarent que Dieu leur a parlé. Dans leur vision, Il promet la victoire aux chrétiens, mais non sans condition. Le salut ne viendra que si l’armée fait pénitence et se repent.
Le message trouve un écho immédiat. Dans un camp affamé, encerclé, qui se sent abandonné à la fois par les hommes et par l’empereur, ces paroles apparaissent comme le dernier point d’ancrage.
Pour donner encore plus de poids à ses paroles, Pierre — connu historiquement sous le nom de Pierre Barthélemy — s’avance davantage. Il conduit le peuple à l’église Saint-Pierre et y désigne un endroit. C’est ici, dit-il, qu’il faut creuser. À cet endroit serait cachée la lance avec laquelle le côté du Christ fut transpercé sur la croix.
Et ainsi — on la trouve. Une confirmation divine.
Le moment paraît presque trop parfait. La détresse est trop grande. La promesse est trop précisément adaptée à ce dont les hommes ont besoin pour continuer à se battre.Mais cette tension n’existe pas encore dans leur vision du monde. Dans cet univers, la foi n’est pas l’opposé de la réalité, mais son moteur.
Antioche devient ainsi non seulement un champ de bataille militaire, mais aussi une arène spirituelle. Le combat se déplace des murailles et des épées vers la culpabilité, la pénitence et les signes. La lance donne à l’armée une nouvelle direction et le courage de tenir bon.
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une pièce de fer en façon de lance, cette prediction donna du courage à toute l’armée chrétienne, qu’ils se resolurent de faire une seconde sortie, quoi que l’armée étoit tres foible, car l’on n’étoit plus que
13’000 hommes, et que l’on n’avoit presque plus de Chevaux, mais comme il n’y avoit plus de remede, et qu’il falloit vaincre ou mourir, la chaleur étoit fort grande, et le combat fort long, et entre autre Boë-
mundus
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un morceau de fer en forme de lance. Cette prédiction donna du courage à toute l’armée chrétienne, si bien qu’ils décidèrent de faire une seconde sortie, bien que l’armée fût très affaiblie, car il ne restait plus que 13 000 hommes et qu’ils n’avaient presque plus de chevaux.
Mais comme il n’y avait plus d’autre issue et qu’il fallait vaincre ou mourir, la chaleur était très forte et le combat dura très longtemps. Et parmi eux, Bohémond…
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La lance — non pas comme relique, mais comme signe — accomplit ce qu’aucun ravitaillement, aucun empereur et aucune stratégie ne peuvent plus obtenir. En fin de compte, ce n’est qu’un morceau de fer en forme de lance. Pourtant, cela suffit. La prédiction qui lui est associée rend le moral à l’armée. Les chrétiens retrouvent leur détermination et prennent une décision qui, rationnellement, est difficilement défendable : ils quitteront de nouveau la ville pour aller au combat.
Leur état est misérable. L’armée s’est réduite à environ quinze mille hommes. Il ne reste presque plus de chevaux. L’épuisement est total. Mais précisément parce qu’il n’y a plus d’issue, il ne reste qu’un seul choix : vaincre ou mourir. Dans une chaleur accablante, une bataille éclate, longue et exigeant tout ce que les hommes ont encore en eux. L’auteur ne met pas l’accent sur la tactique, mais sur la détermination — le moment où le désespoir se transforme en action. La lance n’a vaincu aucun ennemi, mais elle a vaincu la peur.
À la fin de la page, un nom bien connu réapparaît : Bohémond de Tarente. Le texte prépare à des actes individuels de courage au cœur de cette lutte collective menée dans l’épuisement. La victoire — si elle vient — ne sera pas attribuée au nombre ni à la force, mais à la persévérance, à la foi et à la capacité de continuer à combattre lorsque tout semble perdu.
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étoit dans une grande misere, par rapport que les turcs ont mis le feu dans l’herbe qui étoit seche, à l’endroit où les chretiens étoient campé, et les vents leurs chassant le feu et la fumée dans les yeux qui les aveuglois, mais par après Dieu changea la Victoire à l’avantage des chrétiens, et ils donnerent aux Persiens et à leur General Corbogath, qui étoit sur une montagne pour regarder le combat; mais cette attaque étoit si forte
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Bohémond se trouvait en grande détresse, parce que les Turcs avaient mis le feu à l’herbe sèche à l’endroit où les chrétiens campaient. Le vent poussait le feu et la fumée dans leurs yeux, les aveuglant.
Mais ensuite Dieu fit tourner la victoire à l’avantage des chrétiens, et ils attaquèrent les Perses et leur général Corbogath, qui se trouvait sur une montagne pour observer le combat. Mais cette attaque fut si violente…
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Les chrétiens ne sont pas seulement frappés par l’ennemi, mais aussi par les circonstances. Les Turcs mettent le feu à l’herbe sèche autour du camp. Le vent fait le reste : le feu et la fumée sont poussés droit dans les yeux des chrétiens, au point qu’ils peuvent à peine voir. La confusion, l’étouffement et la peur dominent le début de la bataille.
Dieu renverse le cours du combat. Ce qui avait commencé dans le chaos se transforme en détermination et en force.
Les chrétiens avancent et infligent de lourdes pertes aux Perses et à leur commandant Kerbogha de Mossoul. Celui-ci se tient sur une hauteur et observe la bataille d’en haut — une position qui symbolise normalement la puissance et le contrôle, mais qui souligne ici au contraire la distance et l’impuissance. L’attaque des chrétiens est si violente que même cette position dominante n’offre plus aucune sécurité. La fumée qui, au début, aveuglait devient le décor d’un renversement de situation.